Au delà du virtuel
Mélancomique journée
Ce lundi matin, je m’en vais vers Marseille à la reconquête d’un client récalcitrant et de son site web poussif. Sur France Musique, pour me doper le moral, un air passe. Du violoncelle mélancolique à souhait. Comme si j’avais besoin de ça en ce début de semaine. Mais qui a donc, inventé cet instrument….de malheur ? Un type forcément dépressif ou sous tranquillisant. Pour autant, je n’interromps pas le morceau. Je le laisse s’achever doucement et me plomber le moral pour les heures à venir.
Mon client est là devant moi, il a le regard en berne et des poches sous les yeux grandes comme des mortadelles. Je l’écoute avant d’entamer ma prestation. Il me parle d’un ton las de ses difficultés financières, de ses factures, des acheteurs qui veulent des cuisines design et hype mais pas chères car « Vous comprenez Monsieur le cuisiniste, notre budget est miné par tous ces nouveaux postes qui bouffent notre panier de la ménagère : les Iphones des gosses et leurs abonnements, les tablettes qui remplacent tous les PC de la maison, la Livebox, la nouvelle télé écran super plat Led multiprises USB du salon, notre nouveau 4X4 et son assurance à 2000 euros par mois, le fringues de la rentrée des classes forcément neuves pour pas passer pour un pauvre auprès des copains etc ». Mon client, termine sa litanie par un chapitre sur le chômage et les femmes qui ont piqué le job des mecs et ont envahi le domaine bancaire. Forte de tous ces éléments positifs qui se rajoutent à mon mental à son acmé, je mobilise les quelques neurones positifs qui restent actifs et m’attelle à la tâche. Aux côtés de mon client, je tente vaille que vaille de remplir son site de textes qui tiennent la route et de faire en sorte qu’il émerge des limbes du web. Face aux concurrents la tâche est rude, quasi impossible, mais bon il me paye et je l’ai convaincu de l’intérêt de mon travail qui va assurément lui rapporter un maximum de prospects.
Sur le retour à l’arrêt dans les bouchons de Marseille, mon esprit vagabonde, je regarde le macadam et le défilé des voitures. Mes yeux se fixent alors sur un lézard qui s’aventure sur la chaussée. Petite vie frétillante et peureuse. Deux secondes ont suffi, du rouge apparaît, le pauvre lézard n’est plus et mon cœur se serre… identification inévitable devant un tel spectacle.
La file interrompue redémarre et j’allume la radio pour me dynamiser le moral. A ce moment-là, je me rends compte que j’aurais mieux fait de rester dans le silence. Trop tard, c’est l’heure des infos et les deux tours du 11 septembre 2001 me tombent sur la tête.
Ta gueule !
L'embellie
"Ecrit quelque chose de jolie
Des vers peut-être ou de la prose
Un instant de rêve et de pause
Dans le tumulte de la vie..."
Jean Ferrat, avait écrit ces vers il y a quelques années. Une chanson que je m'étais remise à chantonner en voiture ces derniers temps.
Et puis voilà, Ferrat est parti. Mais il reste l'embellie que je continue de fredonner et que bien des gens continueront d'écouter aussi pendant longtemps.
Avant, d'aller au bureau le matin, je me fais un petit shoot de poésie. Le seul souci est que l'effet dure peu, surtout quand je croise le regard vide de certains de mes collègues. Alors, parfois en catimini, je me refais dans la journée un ou plusieurs shoots en mettant Deezer en sourdine. Comment bosser efficacement pour gagner honnêtement sa vie tout en étant pas là ? Comment faire pour que la réalité ne vous rattrape pas systématiquement ? Le but serait d'avoir une partie du cerveau anesthésiée pour aller bosser, une partie insensible à la connerie humaine, aux injonctions débiles, aux taches irationnelles, aux indélicatesses de son entourage et l'autre partie bien vivante, profonde, active, nourrie d'elle-même, en autarcie complète et qui ferait tourner en boucle tout un tas de petite pensées positives, chansons qui nous iradient le coeur, paroles qui nous élèveraient l'âme. Un truc du genre schizophrénie mais dans le bon sens du terme.
"Madame Duchmolle vous savez que le travail que vous m'avez rendu est nul à chier !
Oui, Monsieur Duchien, vous avez raison, j'aime vos jugements si pertinents ! Je vais reprendre pour la cinquantième fois ce que vous m'avez demandé faire !"
Madame Duchmolle se fait traîter comme une moins que rien par son superieur bon à flinguer, mais elle n'en a rien à cirer, cela glisse sur ses neurones insensibilisés. Madame Duchmolle a une autre partie de cerveau très active qui fabrique à mort du positif, elle est à cent mille, même en plein marasme professionnel. Elle construit des quantités de choses intéressantes dans sa tête en même temps que son supérieur la prend pour la pire des demeurées.
Madame Duchmolle a cette aptitude d'une valeur pharamineuse qui est celle de se créer des embellies à tire larigot. Madame Duchmolle devrait faire breveter son mental et se faire côter en Bourse.
Oxygène
Couac attitude
Hier soir, ça volait haut à la salle des fêtes de mon village. Je ne veux pas parler de prestations intellectuelles mais vocales. La chorale du cru – deux rangées de têtes blanches – s’est attaquée de manière stridente à des œuvres connues et difficiles. Le démarrage de la prestation semblait prometteur puisqu’on a pu entendre Bella ciao, chant révolutionnaire italien, mais très vite on est retourné à du bon classique parce que faut pas pousser, on est dans la périphérie aixoise pas à la Plaine Saint-Denis ou au port autonome de Marseille.
Sans vouloir critiquer bêtement les gens ambitieux qui cherchent à s’élever musicalement, je pense que lorsqu’on n’est pas au top, il est préférable de travailler des œuvres à sa mesure. Il en existe plein agréables pour l’auditoire, séduisantes et surtout pas casse-gueule pour les interprètes.
En début de soirée, les yeux fermés, j’ai plus eu l’impression d’entendre chanter un bataillon de pré pubères aux voix mal assurées qu’une chorale bien installée dans son art.
Après la prestation des messieurs-dames en apesanteur, on a été projetés dans la world musique polyphonique. Là, les têtes ne sont pas encore blanches et le profil des chanteurs/chanteuses est un tantinet baba cool. C’est incroyable, dès que l’on change de répertoire, on change d’allure. Classico-ringard égale cantate de Bach, baba cool égale chant africain des colonies, veste portefeuille mocassins vernis égalent jazz bastringue. Finalement, la vie est facile à décoder.
Contrairement à une chorale classique qui s’exprime sur une scène en rang d’oignons, une chorale polyphonique se déplace dans la salle, se scinde en groupuscules, fait des gestes, théâtralise sa prestation. Si j’ai bien compris le principe, il s’agit pour ces groupes de reprendre à leur compte des chants du monde entier dans la langue vernaculaire ; ce qui doit représenter un gros boulot pour se les approprier.
Tout ceci était sympa mais les jeunes n’ont pas réussi réellement à déchaîner les foules contrairement au dernier groupe ; des papys swingueurs, qui nous ont réveillé les tympans en jouant du Sidney Bechet et autres Fats Waller. C’est qu’ils taquinaient sérieusement leurs instruments ces messieurs. Ils avaient du métier. Les notes jazz endiablées circulaient à fond entre ces instrumentistes très complices. Un peu plus, je me mettais à penser que le jazz c’est fastoche, qu’il suffit d’enchaîner les notes les unes après les autres en en plaçant une de temps en temps un peu dissonante et en faisant bouger son corps pour que le swing surgisse comme par miracle.
C’est sûr, la chorale de mon village ne me comptera pas parmi ses nouvelles recrues. Je ne souhaiterais pas la faire s’effondrer définitivement. Je n’irai pas non plus sonner à la porte d’une chorale polyphonique, je ne suis pas assez calée en dialectes et langues étrangères. Quant au jazz, c’est un territoire carrément inaccessible.
Je m’en tiendrai donc à continuer d’être spectatrice. Après tout, il faut bien un public averti, aux bons musiciens comme aux mauvais.
Je t'aime
Michèle Bernard, une femme qui ne chante pas pour rien dire. Listen please ! C'est un ordre !
Alasainvalentintunenikerapoin
Aujourd'hui, c'était la Saint-Valentin. Et pour fêter ce triste évènement, je suis allée seule comme une âme en peine chiner sur la brocante du Cours Mirabeau. J'ai parcouru vite fait les étales la goute au nez (qui devait être très violacé, tout ce qu'il faut pour attirer l'âme sœur). Place de la Rotonde, le soleil perçait difficilement derrière les nuages. Pas de quoi faire de fantastiques clichés des anges de la fontaine que la froidure avait habillés de glace.
On s'est regardés les anges et moi. J'ai bien senti qu'ils auraient aimé faire quelque chose pour créer une ouverture dans mon célibat. Mais voilà, il étaient figés à mort sur leur montures, des cygnes stoppés en plein décollage par le gel. Si c'est pas couillon non plus, que de placer un tel évènement à un moment pareil !
Il n'empêche, en remontant le cours, j'ai eu l'impression, que celui-ci était constellé de couples. Il y en avait partout qui avaient l'air décontracté et empli de tout cet amour qu'ils se donnaient mutuellement tous les jours de leur vie de rêve. Ils déambulaient collés l'un à l'autre, s'échangeant leur énergie calorifique pendant que moi, je me gelais et me contracturais les muscles dans ma pelisse élimée par les ans.
Finalement, j’ai senti que j’étais de trop, que je détonnais et qu’il fallait que je m’extrais de toute cette foule d’amoureux qui gardaient leurs sentiments rien que pour eux et blottis bien au chaud dans un coin secret de leur couple…des fois qu’on leur pique.
Et si seulement, ils avaient eu la bonne idée de partager un peu, de m’accueillir dans leur lit gentiment et de s’occuper de moi plutôt que d’eux-mêmes. De me réchauffer l’âme et de me prodiguer un bon massage voluptueux. Qu’est-ce que cela leur aurait coûté, franchement ?
Mais voilà, il n’y en a que pour eux. Eux, eux, eux, c’est incroyable ce que les gens sont égoïstes
American pictures
Bibliothèques Méjanes une fin de journée dans la semaine. La salle Armand Lunel (mais qui est ce type, au fait ?) se remplit un peu, trop peu, pour une conférence consacrée au photographe américain inconnu de moi : Joel Meyerowitz. La plaquette présentant son œuvre comportait une photo qui m’a plu et c’est pourquoi je me suis retrouvée au milieu de vieux photographes, universitaires et quinquagénaires bobos ce soir de février glacial.
Après la classique demi-heure passée à essayer de faire fonctionner le rétro projecteur, la séance démarre. La conférencière s’avère médiocre. Elle lit son texte de bout en bout ; mal de surcroit. Si Gaby entendait cela, il lui suggérerait un petit coaching en média training.
Mais de la nullité sort toujours du positif. J’ai donc appris par cette dame que les photographes américains, jusqu’aux années 70 prenaient leurs clichés en noir et blanc prétendant que la couleur parasitait le message visuel. Meyerowitz a bousculé ce paradigme et a imposé la couleur (raccourci). Il est vrai aussi que la couleur coûtait cher au développement et qu’il ne s’agissait pas de gâcher la pellicule avec tout un tas de clichés ratés ou idiots.
Quelques noms de photographes ont été prononcés mais je ne me souviens plus lesquels (j’aurais dû demander à la dame son power point). Ah si ! Le fameux Robert Frank et son ouvrage « Les américains ». Richard Avedon aussi.
Joel Meyerowitz a la particularité d’être le seul photographe à avoir été admis à travailler sur les ruines du 11 septembre. Et cela donne ceci :
Meyerowitz semble être le type qui débute éternellement dans la photographie. De prime abord, on se demande pourquoi de si mauvais cadrages, tant de gens sur les clichés sans qu’aucun ne se détache.
Finalement, cette conférencière assez peu douée à l’oral m’a ouvert un horizon photographique que je ne connaissais pas. En cherchant sur le net d’autres clichés, des infos sur le photographe, j’ai découvert d’autres professionnels, d’autres univers très personnels. Cela enrichi une fois de plus ma photothèque.
Je continuerai donc, à fréquenter avec enthousiasme les conférences assez foireuses.
L’homme qui virait les femmes
Ce matin mon Boss a passé presque deux heures dans mon bureau. On a fait de la Com Interne et pas façon Monika Lewinski. Quoi que de temps en temps au fil de la conversation, mon regard faussement animé, se fixait sur son entrejambe. Peut-être a-t-il vu que je voyais. Peut-être que cela l’a rassuré sur son sex-appeal ? Peut-être que pour la première fois de sa vie, il s’est senti regardé de manière brute sans l’arrière pensée fric et classe sociale qui anime les femmes qu’il croise dans sa vie.
Mon Boss bronzé de frais, tout droit arrivé de Courchevel ou Megève vient tâter le terrain. Il vient voir si je suis dans un trip de pré harcèlement, si j’ai la mine grisâtre des salariés au bord du suicide ou si, enfin, je compte dégager de sa French Company de manière amiable.
Pendant qu’il me parle, je regarde ses lèvres gercées (les baisers à la maison ne doivent pas être agréables à Madame en ce moment) et le haut de son oreille qui pèle. On a beau être millionnaire, le soleil ne fait pas de distinction. Riche ou pauvre, il nous crame la gueule.
Dans sa veste Armani Chasse, mon boss tente de me faire passer un message imprononçable. A moi de deviner. Il semble vouloir me dire :
« La grosse, comment ça va ? Vous savez, on ne sait pas trop comment faire pour la virer. Cela ne va pas être facile. Il faudrait un motif. Pouvez-vous m’envoyer encore un mail comme ceux que vous nous avez envoyés dernièrement ? Un truc bien lourd du style : Boss, la grosse veut ma peau. Il faut choisir. C’est elle ou moi. Virez-la ! Et ensuite virez-moi, je n’en peux plus ! ».
Voilà bien le truc auquel je m’attendais. L’utilisation d’un conflit entre individus par une Direction qui ne dirige rien et laisse le personnel s’éliminer entre lui. C’est ce qu’on appelle l’autogestion.
Marseille spéciale
La ville s’offre à tout va
Son port est son sexe béant
Les habitants sont intranquiles
Les bars sentent l’interlope
Les rues étroites sont assassines
Les mouettes s’affolent et criaillent
La mer s’affale sur les rochers
Son bleu vient de Prusse
Les agaves sont au garde-à-vous
Bientôt c’est la fin
Le sémaphore regarde au loin
Et ne voit rien venir
Les ports attendent parsemés de grues
Et les quais sont vides
Les baraques se chevauchent
Les friches sont industrieuses
Mais la révolte n’est plus là.
Pingouins cherchent banquise désespérément
Reconversation
Ce matin, pour transcender tout cela, j’ai joué les reporters photographes dans le labo technique. J’ai pris des clichés d’un dinosaure des télécoms à son poste de travail. Rien d’ambigu, croyez-moi ! Et pourtant à bien y réfléchir j’aurais dû proposer un petit scénario libertin. Mon collègue nu et très en forme sur son établi. Photos glamours, commentaires un tantinet aguicheurs :
Tu me cherches ?
Ce matin mon boss vêtu Hugo Boss est passé comme un éclair dans mon bureau. Il m'a demandé ce que je souhaitais pour 2010.
J'ai dit : de la sérénité dans le travail, du respect, de la communication.
Ce dernier aspect l'a interpellé : "Moi aussi, la communication....bla bla bla....une valeur de l'entreprise...bla bla bla".
Je n'ai pas relevé
Je n'ai pas polémiqué
Je ne suis que salariée
J'aurais dû dire. " Boss, ce que je veux pour 2010 ! Empocher les trois ans de salaire que tu m'as promis (phantasme). Me barrer fissa de ta boîte vérolée et malsaine (réalité). Et monter ma boîte à moi. Faire de la Com qui sert à quelque chose. Qui sert à relier les gens, à informer, à questionner, à créer des synergies (quadruple phantasme).
Mais je n'ai pas parlé
Suis pas encore assez cinglée
Mais faudrait pas trop me chercher
Haute fidélité
Bise moi !
Finalement, à bien y réfléchir, la bise qui claque sec, c’est dégueu. En 2010, je tente de remettre à la mode la bonne poignée de main sincère et…propre. Je commencerai par les collègues de bureau. Ça c’est du projet qu’il est lourd. Je vais peut-être même le proposer à notre Président.
Tech à claques
Fonky plomberie
J’ai pourtant de bons vrais zamis, des collègues de travail sympatoches, ou presque, des patrons généreux qui me payent grassement, une énergie débordante, surtout le week-end, un chez-moi privilégié pas trop encombré d’objets inutiles, une vie sentimentale pleine de liberté ou tous les possibles sont imaginables.
Il est vrai que je ne me suis jamais autorisée grand chose qui sorte du confort bourgeois. Le confort, c’est tellement rassurant, douillet. Mais cela ne fait pas vibrer. Tout au plus, cela endort-il les sens et génère un ennui vertigineux quasi mortifère.
Ce matin, l‘eau coule à flot dans ma douche surdimensionnée, m’enveloppe chaleureusement et me ramollit terriblement.
Il serait peut-être temps de sortir de mon sillon.
Flouze Party
Toutes ces dames qui se sont aperçues qu’elles vieillissaient grave et qui souhaitent renouveler le cheptel, semblent à deux milliards de kilomètres de moi. Riches ou paraissant l’être, ex ou actuelles avocates, notaires, diplomates, diamantaires, une déclinaison de professions smarts loin de la technicienne de surface, de la shampouineuse ou de l’épicière du coin.
Parfum de femme
Sur les dents
Manège désenchanté
Hypocondrie
Vagabondage orthographique
Peau de peinture
« C’est à Marseille ! C’est loin, non ? »
« Très loin, 30 km, mais on y arrivera »
Neu Neu
Mieux qu'une psychothérapie : Mini Cooper

Il est donc clair que l'agence partant de ce présupposé basique a fait le calcul suivant, celui du prix de revient d'une psychothérapie moyenne et qu'elle l'a comparée au prix de la Mini-m'as-tu-vu. Elle s'est imaginée un individu bien installé dans la dépression possédant un certain pouvoir d'achat (ce qu'il faut pour pouvoir assumer un certain type dépense sur plusieurs années et un projet assez hasardeux sur le plan du résultat) et qui décide enfin d'aller consulter avant qu'il ne soit trop tard.
Soit pour une heure d'épanchements chez un psy ordinaire (pas un psychiatre, celui qui nous bourre d'anti dépresseurs et nous rend au final junkie) compter 50 euros à raison d'une fois par semaine sur 5 ans. On retire le mois de vacances du psy, cela fait donc : 11 mois multipliés par 4 semaines sur 5 ans = 220 X 50 euros = 11 000 euros.
Et là ça cloche. Soit l'agence s'est plantée dans ses calculs, soit elle a échangé les dossiers d'annonceurs et de voitures, la pub étant destinée aux acheteurs potentiels de Twingo à 10 000 euros moins la prime à la case = 9 000 euros.
Car ici la promesse est mensongère. La Mini est bien plus chère qu'une psychothérapie.
Nous pourrons donc conclure par l’affirmation suivante : Mieux qu’une Mini Cooper, une bonne thérapie !
Et au moins dans une thérapie, on peut pleurer tant qu'on veut on ne risque pas de tâcher les sièges en cuir, on ne risque pas d'aller dans le décor pour cause de vision troublée par des torrents de larmes, on ne risque pas l’usure à parler, détailler, reformuler, reprendre, se contredire et renchérir, on ne risque pas de passer pour un précieux qui fait la tête sans raison valable au volant d'une voiture glamour.
On risque juste de perdre son temps face à un professionnel lassé de toujours entendre les mêmes jérémiades depuis des lustres.
Heure blues

Samedi pluvieux. Mon mobile entonne une toccata de Bach agaçante. Penser à changer ce truc.
Heu !
Y a un concert de jazz à la salle Machin. Tu viens ?
Heu, oui !"
20 heures. Salle Machin pleine à craquer de bobos. On ne peut y échapper à Aix. C'est la poisse. De l'Education Nationale, de l'associatif en vois-tu en voilà. Tu prends les mêmes et tu les mets dans un congrès PS, à une manif de printemps, à un débat ATTAC, à une rétrospective Pasolini à la Méjanes, c'est pareil.
En attendant l'arrivée de la chanteuse et que Miss Pagerank veuille bien m'adresser la parole, je zone devant un buffet vide. Deux petites bonnes femmes sympas me branchent. On blague, elles me tapotent les bras amicalement. Leur style pétasse-intello-chic détonne un peu dans le lot. J'aime.
Miss Pagerank : "tu les connais ?
Heu, non.
Ah toi, alors !"
Alors quoi ? Miss Pagerank découvre mes aptitudes en matière de Public Relation. Jalousie.
La chanteuse arrive. On s'est s'installées en rang d'oignon. Je suis reléguée au coin. On attend encore. La chanteuse se chauffe la voix, les musiciens refont la balance, des lampes ont fondu. C'est la dèche. J'en profite pour observer Miss Pagerank. Ce soir, elle est un petit peu mieux que d'habitude. Elle a foncé sa couleur, mit une veste en cuir noir, un chemisier Seventies. Seules les chaussures font encore assez "Dame". Il faudra que je lui dise.
Ce soir là, j'ai écouté du jazz sans vraiment l'entendre. J'ai parlé sans vraiment échanger. J'ai été accompagnée sans l'être vraiment. J'ai été décorative pleinement.
Enfin, je deviens mondaine.
Moche toi-même !

Que c'est cloche d'être moche ! Le problème est que pour compenser, il faut s'évertuer à être d'une intelligence irréprochable, inoxydable. Autant dire qu'il faut cravacher dur car l'intelligence, chacun sait ou suppose, est un Everest difficile à atteindre même pour les moins stupides d'entre nous. Je n'ose imaginer la somme de travail pour ceux dont le terrain est très infertile (c'est pas mon chat qui me contredira).
D'où l'intérêt d'être demi-moche car pour équilibrer l'ensemble, il suffit d'être à moitié intelligente ou un petit peu con mais pas trop. Et finalement, cela fait une moyenne d'intelligence et de mocheté assez passe-partout, acceptable dans de nombreuses situations, exceptées :
- quand tu vas en boîte hype caresser le dancefloor parmi les Top Modèles (qui sont rarement des modèles d'intelligence, selon certaines mauvaises langues)
- quand tu cherches un mec sur Meetic. Ceci, même si tu n'es pas difficile, que tu as au fil du temps largement rabaissé ton niveau d'exigence et que tu es prête à accepter le moins intelligent des plus cons ou le plus laid des pas trop moches. Suis-je claire ?
- quand tu te présentes à un entretien d'embauche passé 40 ans (situation relevant de la science fiction), parce que dans cette situation ta demi-intelligence et ta beauté parcellaire ou fanée ne servent à rien. Ce qui compte c'est ta capacité à tout encaisser de la part de ton petit chef pervers et sexuellement refoulé.
Tout cela risquant d'être assez triste, l'humanité a inventé la sagesse. Cette vertu qui rassemble sérénité et intelligence des êtres et des choses. Cette vertu que chacun a le droit de cultiver (même sur des terres arides) sans mesure et qui diffuse autour d'elle tant de beauté.
Bô mecs

Ce soir, j'ai envie, moi aussi, de jouer les commentatrices de l'actualité. J'ai envie de parler de deux gars qui ornent le fronton de Google. Deux beaux mecs qui m'ont replongée vingt ans, que dis-je ? Trente ans en arrière. A l'époque, 1978, je les regardais du coin de l'oeil sur la télé familiale, en couleur depuis peu (parce que c'était cher, la couleur), que je les regardais, donc, contrainte et forcée parce que mon jeune frère les visionnait en rituel à une heure autorisée pour les petits, 18 heures, juste avant la soupe vermicelle (ce qui équivaudrait à une heure du matin pour les morveux actuels).
Le petit rondouillard semblant plus jeune et le grand maigre à la touffe explosée paraissant un brin lunaire.
Ces deux mecs à la mine sympatoche façon Muppets ne m'évoquent par contre, aucun scénario particulier. Que faisaient-ils donc tous les deux ? Etaient-ils deux collègues de boulot s'engueulant à tire-larigot, deux potes de Fac s'interrogeant sur leur avenir, deux sportifs dans les vestiaires papotant pendant des heures en se rhabillant (où sont passées les séquences sous la douche ?), deux copains de chambrée quand le service militaire était encore là pour former (ou déformer) des hommes, des vrais ou bien encore deux gays en train de se quereller pour des questions de logistique ménagère.
C'est ça, je crois que ces deux mecs étaient gays. C'est sûr, voyons, puisqu'ils portaient le même tricot sexy à fines rayures, avaient la même coiffure sculptée par un gel fixation intense, les mêmes conversations de mecs et étaient tout le temps fourrés ensembles. Bart et Ernest étaient les ancêtres au masculin de The L World. Ils devisaient sur les lieux de drague, les pratiques sexuelles en vogue, les backrooms, les accessoires SM, le coming out de untel ou unetelle, les tendances vestimentaires, les bonnes adresses du Marais. Tout un tas de trucs propres à intéresser des gamins très curieux et assoiffés de nouveautés.
Et ma mère nous laissait regarder ça. Quelle ouverture d'esprit !
Coup du lapin

Appel sur mon portable un samedi soir. Miss Pagerank me tient la discute pendant une demi-heure.
Proposition sympa :
- Tu es libre dimanche ?
- Heu, oui !
- Tu viens manger à la maison ?
- Oui, oui !
- Mister, mon époux va faire un good repas. Mais, je ne serai pas là.
- Ha, bon ?!
Miss Pagerank me bazarde entre les mains de Mister Monologue pendant qu'elle va s'éclater avec : son amant, ses copines, en boîte échangiste, faire de la relaxation, de la muscu, visiter une expo géniale. Que sais-je encore ? Tout ce qui sied à une femme moderne au top de sa forme.
Mais qui c'est celle là ? Une perverse, une nigaude, une qu'en peut plus ? Les trois à la fois ? N'a t-elle pas compris que je ne donne pas dans la courtisane et que son mec me gonfle ? Mais pourquoi elle le met pas aux enchères sur E-Bay ? et on en parle plus ! Pourquoi est-ce moi la sacrifiée ? Suis-je seulement la première ?
Ce dimanche dans une matinée très avancée, j'ai envoyé un texto au cuisinier-bavard en recherche perpétuelle d'auditoire : "Suis souffrante. Ai trop mangé hier". Et Vlan ! Un bon lapin bien envoyé. Réponse illico du cuisto éconduit : " je me suis levé à 7 heures pour préparer ce repas que nous devions partager dans la convivialité". Bing ! Tentative de culpabilisation. Ça ne prend pas, j'ai passé l'âge.
Bon, j'espère que Miss pagerank, de retour de son super dimanche aura su apprécier le super repas mitoné par son super mari.
Quand tu veux je t’apprends la marche haut-débit

J’empoigne mes bâtons de marche nordiques et décide de faire un de mes circuits habituels au pas cadencé et alerte des marcheurs visionnés sur le net. Je fais aussi appel à de lointains réflex en matière de ski de fond et démarre ma séance sportive autocentrée.
Le principe est simple mais s’avère difficile à mettre en œuvre en raison de l’indépendance naturelle du haut et du bas. Le but est que lorsque l’on avance le pieds gauche, le bras droit s’avance aussi, le tout devant donner une impulsion au corps. Idem pour la partie droite. Le corps est ainsi propulsé élégamment – si tout va bien – et un parcours que l’on ferait en deux heures sans équipement est bouclé les doigts dans le nez en un rien de temps ce qui, notons bien, est vachement valorisant pour celui qui aime se dépasser.
Le souci est que les jambes ont vite tendance à tricoter dare-dare tandis que les bras peu habitués à ce genre d’exercice perdent vite le rythme et contrarient la danse harmonieuse de tous les membres. Donc, au début de la pratique de cette activité, si l'on veut marcher à la même cadence qu’un groupe confirmé, on peut le faire mais au prix d’une grande perte d’énergie due à un surnombre de mouvements.
Dans un raidillon, après avoir vérifié qu’aucun promeneur ne soit dans les parages, je stoppe ma progression et me reconcentre sur l’orthodoxie des gestes à accomplir. Pieds gauche, bâton droit, puis pieds droit, bâton gauche. Et rebelote. Pieds gauche, bâton droit, en avant… Tout semble au diapason pendant deux minutes puis Paff ! Tout part en vrille, parce que la force de l’esprit est moins puissante que la connerie indisciplinée du corps.
En plus que je m’épuise l’esprit dans une concentration – que même au boulot je me refuse de mettre en pratique – j’ai l’air d’un robot déglingué. C’est affligeant. J’envoie aux orties les bâtons pour excités des guiboles et reprends une marche normale.
Je suis de nouveau en contact avec les lieux, les senteurs automnales, la douceur de l’air ambiant, le bavardage des promeneurs égarés et la mélopée des oiseaux dans les taillis.


























