Mélancomique journée


Ce lundi matin, je m’en vais vers Marseille à la reconquête d’un client récalcitrant et de son site web poussif. Sur France Musique, pour me doper le moral, un air passe. Du violoncelle mélancolique à souhait. Comme si j’avais besoin de ça en ce début de semaine. Mais qui a donc, inventé cet instrument….de malheur ? Un type forcément dépressif ou sous tranquillisant. Pour autant, je n’interromps pas le morceau. Je le laisse s’achever doucement et me plomber le moral pour les heures à venir.


Mon client est là devant moi, il a le regard en berne et des poches sous les yeux grandes comme des mortadelles. Je l’écoute avant d’entamer ma prestation. Il me parle d’un ton las de ses difficultés financières, de ses factures, des acheteurs qui veulent des cuisines design et hype mais pas chères car « Vous comprenez Monsieur le cuisiniste, notre budget est miné par tous ces nouveaux postes qui bouffent notre panier de la ménagère : les Iphones des gosses et leurs abonnements, les tablettes qui remplacent tous les PC de la maison, la Livebox, la nouvelle télé écran super plat Led multiprises USB du salon, notre nouveau 4X4 et son assurance à 2000 euros par mois, le fringues de la rentrée des classes forcément neuves pour pas passer pour un pauvre auprès des copains etc ». Mon client, termine sa litanie par un chapitre sur le chômage et les femmes qui ont piqué le job des mecs et ont envahi le domaine bancaire. Forte de tous ces éléments positifs qui se rajoutent à mon mental à son acmé, je mobilise les quelques neurones positifs qui restent actifs et m’attelle à la tâche. Aux côtés de mon client, je tente vaille que vaille de remplir son site de textes qui tiennent la route et de faire en sorte qu’il émerge des limbes du web. Face aux concurrents la tâche est rude, quasi impossible, mais bon il me paye et je l’ai convaincu de l’intérêt de mon travail qui va assurément lui rapporter un maximum de prospects.

Sur le retour à l’arrêt dans les bouchons de Marseille, mon esprit vagabonde, je regarde le macadam et le défilé des voitures. Mes yeux se fixent alors sur un lézard qui s’aventure sur la chaussée. Petite vie frétillante et peureuse. Deux secondes ont suffi, du rouge apparaît, le pauvre lézard n’est plus et mon cœur se serre… identification inévitable devant un tel spectacle.

La file interrompue redémarre et j’allume la radio pour me dynamiser le moral. A ce moment-là, je me rends compte que j’aurais mieux fait de rester dans le silence. Trop tard, c’est l’heure des infos et les deux tours du 11 septembre 2001 me tombent sur la tête.

Ta gueule !



Un soir, banlieue aixoise, Mister Relationship a organisé son événement musicalo-gastronomico-convivial et attend ses invités triés sur le volet : Monsieur Machin, Directeur de la Com de telle structure, Monsieur Truc, Critique littéraire dans telle Revue, Madame Chose, Responsable de telle Maison de la Culture et Madame Unetelle, Directrice d’Association en vue sur Aix. Que du Bobo monde !

Mister Relationship est un max surexcité et donne des coups de téléphone hystériques à une somme pharamineuse d’interlocuteurs. On m’a placée à déballer des gobelets en plastiques pendant que d’autres s’affairent à préparer le buffet méditerranéen à base de soupes épicées et autres couscous. J’essaie de me mettre dans le bain, échange quelques propos convenus et logistiques avec des têtes connues de moi. Une fois mon déballage terminé, je vais traîner dans la salle de réception que l’on prépare. Un peu froide à mon goût. Ils auraient pu mettre le chauffage tout de même ! Comptent-ils sur l’ambiance à venir ?

Les invités arrivent. Tous des amis ! Mister Relationship n’a que des amis. S’agit pas pour lui d’avoir des potes, des copains, des collègues, des poteaux. Faut pas déconner ! On n’est pas chez les ploucs. Dès que l’on voit plus de deux fois Mister Relationship et que l’on a été invité à sa table, on reçoit le doux qualificatif d’ami. C’est flatteur, je dois dire. Mais cela va un peu vite, non ? Quand on sait le poids symbolique que revêt ce terme. L’amitié, un grand phantasme de la catégorie humaine. Un truc tellement rassurant, valorisant, durable, dénué de tout intérêt paraît-il. L’amitié, ce contrat informel que l’on rédige au fil du temps. Ce contrat qui prend toute sa valeur en cas de coup dur. Oui, ce fameux coup dur : le sceau qui certifie qu’on est bien dans l’amitié et pas dans une relation moyenne.

En attendant cette certification qui viendra peut-être un jour entre Mister Relationship et moi, j’observe la salle qui se remplit. Finalement, pas que des bobos. Ouf ! Me voilà rassurée. Mais on reste quand même dans le bien-sous-tous-rapports. C’est pas ici qu’on entendra une corne de brume. On n’est pas dans une tribune de l’OM.

Une fois le buffet avalé, le spectacle démarre ou tente de démarrer. L’artiste principal de la soirée, un chanteur espagnolo-guitariste, nous la joue conteur pendant au moins vingt minutes. Le discours dont je n’ai pas perçu toutes les paroles et donc, tout le sens, erre dans le philosophique. Je regarde l’assemblée figée dans l’attente de la chanson qui n’arrive pas. Je regarde le chanteur. Ça y est ! Ouf ! Le spectacle commence. Une strophe, deux strophe, trois strophe. Et paf ! le chanteur abandonne sa mélodie et en remet une couche philosophique. Merde alors ! L’ambiance musicale commençait à peine à s’installer. Je sens les spectateurs sur le point de monter sur scène et d’intimer l’ordre à l’artiste de chanter et pas de parler.

« Oh, le chanteur, on n’est pas à une conférence, on est à un spectacle musical. Quand tu veux, tu nous joues ton truc ! ».

Bon, la révolution n’a pas eu lieu et le spectacle a été très en dents de scie. Au final, l’ambiance n’a pas été de folie mais comme on est tous des amis, on a tous trouvé le spectacle formidable. Avec, tout de même, quelques points à améliorer pour la prochaine fois.

L'embellie




Photo : Elegy Parkeharisson.



"Ecrit quelque chose de jolie
Des vers peut-être ou de la prose
Un instant de rêve et de pause
Dans le tumulte de la vie..."

Jean Ferrat, avait écrit ces vers il y a quelques années. Une chanson que je m'étais remise à chantonner en voiture ces derniers temps.
Et puis voilà, Ferrat est parti.  Mais il reste l'embellie que je continue de fredonner et que bien des gens continueront d'écouter aussi pendant longtemps.

Avant, d'aller au bureau le matin, je me fais un petit shoot de poésie. Le seul souci est que l'effet dure peu, surtout quand je croise le regard vide de certains de mes collègues. Alors, parfois en catimini, je me refais dans la journée un ou plusieurs shoots en mettant Deezer en sourdine. Comment bosser efficacement pour gagner honnêtement sa vie tout en étant pas là ? Comment faire pour que la réalité ne vous rattrape pas systématiquement ? Le but serait d'avoir une partie du cerveau anesthésiée pour aller bosser, une partie insensible à la connerie humaine, aux injonctions débiles, aux taches irationnelles, aux indélicatesses de son entourage et l'autre partie bien vivante, profonde, active, nourrie d'elle-même, en autarcie complète et qui  ferait tourner en boucle tout un tas de petite pensées positives, chansons qui nous iradient le coeur, paroles qui nous élèveraient l'âme. Un truc du genre schizophrénie mais dans le bon sens du terme.

"Madame Duchmolle vous savez que le travail que vous m'avez rendu est nul à chier !
Oui, Monsieur Duchien, vous avez raison, j'aime vos jugements si pertinents ! Je vais reprendre pour la cinquantième fois ce que vous m'avez demandé faire !"

Madame Duchmolle se fait traîter comme une moins que rien par son superieur bon à flinguer, mais elle n'en a rien à cirer, cela glisse sur ses neurones insensibilisés. Madame Duchmolle a une autre partie de cerveau très active qui fabrique à mort du positif, elle est à cent mille, même en plein marasme professionnel. Elle construit des quantités de choses intéressantes dans sa tête en même temps que son supérieur la prend pour la pire des demeurées.

Madame Duchmolle a cette aptitude d'une valeur pharamineuse qui est celle de se créer des embellies à tire larigot. Madame Duchmolle devrait faire breveter son mental et se faire côter en Bourse.

Oxygène




Ce matin au bureau, entre deux appels à des clients suréquipés, j’ai pris un peu l’air en musique. Je me suis connectée à une plateforme musicale et j’ai pris une bouffée d’Oxygène, morceau que je n’avais pas entendu depuis, peut-être, vingt ans.

Les disques Equinoxe, Oxygène et les Chants Magnétiques qui m’ont fait planer à mon adolescence, en toute légalité, cela va sans dire, sont sagement rangés, chez moi, dans une malle avec leurs homologues en vinyle. Les malheureux sont en disgrâce alors qu’ils pourraient encore servir ! Un peu comme toutes les voitures encore en état de fonctionner que l’on envoie à la casse depuis quelques temps parce qu’il faut bien gaspiller.

Ce matin, donc, j’ai respiré quelques notes électroniques en fermant les yeux. J’ai pratiqué une relaxation à la dérobée en prenant sur mon temps de travail. Demain, il faudra que je me trouve un autre air à respirer qui m’étourdisse les neurones et me fasse flotter l’esprit loin de mon bureau. Un truc psychédélique des années 70, bien inspiré par tout un tas de substances illicites. Un truc genre Pink Floy ou Doors.

Ouai, c’est ça, demain, je me mets Jim Morisson et je vais partir loin, très loin de tout.

Couac attitude



Hier soir, ça volait haut à la salle des fêtes de mon village. Je ne veux pas parler de prestations intellectuelles mais vocales. La chorale du cru – deux rangées de têtes blanches – s’est attaquée de manière stridente à des œuvres connues et difficiles. Le démarrage de la prestation semblait prometteur puisqu’on a pu entendre Bella ciao, chant révolutionnaire italien, mais très vite on est retourné à du bon classique parce que faut pas pousser, on est dans la périphérie aixoise pas à la Plaine Saint-Denis ou au port autonome de Marseille.


Sans vouloir critiquer bêtement les gens ambitieux qui cherchent à s’élever musicalement, je pense que lorsqu’on n’est pas au top, il est préférable de travailler des œuvres à sa mesure. Il en existe plein agréables pour l’auditoire, séduisantes et surtout pas casse-gueule pour les interprètes.

En début de soirée, les yeux fermés, j’ai plus eu l’impression d’entendre chanter un bataillon de pré pubères aux voix mal assurées qu’une chorale bien installée dans son art.

Après la prestation des messieurs-dames en apesanteur, on a été projetés dans la world musique polyphonique. Là, les têtes ne sont pas encore blanches et le profil des chanteurs/chanteuses est un tantinet baba cool. C’est incroyable, dès que l’on change de répertoire, on change d’allure. Classico-ringard égale cantate de Bach, baba cool égale chant africain des colonies, veste portefeuille mocassins vernis égalent jazz bastringue. Finalement, la vie est facile à décoder.

Contrairement à une chorale classique qui s’exprime sur une scène en rang d’oignons, une chorale polyphonique se déplace dans la salle, se scinde en groupuscules, fait des gestes, théâtralise sa prestation. Si j’ai bien compris le principe, il s’agit pour ces groupes de reprendre à leur compte des chants du monde entier dans la langue vernaculaire ; ce qui doit représenter un gros boulot pour se les approprier.

Tout ceci était sympa mais les jeunes n’ont pas réussi réellement à déchaîner les foules contrairement au dernier groupe ; des papys swingueurs, qui nous ont réveillé les tympans en jouant du Sidney Bechet et autres Fats Waller. C’est qu’ils taquinaient sérieusement leurs instruments ces messieurs. Ils avaient du métier. Les notes jazz endiablées circulaient à fond entre ces instrumentistes très complices. Un peu plus, je me mettais à penser que le jazz c’est fastoche, qu’il suffit d’enchaîner les notes les unes après les autres en en plaçant une de temps en temps un peu dissonante et en faisant bouger son corps pour que le swing surgisse comme par miracle.

C’est sûr, la chorale de mon village ne me comptera pas parmi ses nouvelles recrues. Je ne souhaiterais pas la faire s’effondrer définitivement. Je n’irai pas non plus sonner à la porte d’une chorale polyphonique, je ne suis pas assez calée en dialectes et langues étrangères. Quant au jazz, c’est un territoire carrément inaccessible.

Je m’en tiendrai donc à continuer d’être spectatrice. Après tout, il faut bien un public averti, aux bons musiciens comme aux mauvais.

Je t'aime




Voici une interprète que je viens de découvrir sur le blog de Berthoise (une blogueuse qui a du goût...enfin, selon mon goût). Le choix de Berthoise portait  sur la très belle chanson intitulée "Sur ces routes grises", le mien porte sur le titre "Je t'aime". Parce que j'aime qu'on m'aime, surtout le jour de la Saint Valentin qui est une date particulièrement appréciée de moi célibataire parmi tant d'autres.

Michèle Bernard, une femme qui ne chante pas pour rien dire. Listen please ! C'est un ordre !

Alasainvalentintunebaiserapoin







Aujourd'hui, c'était la Saint-Valentin. Et pour fêter ce triste évènement, je suis allée seule comme une âme en peine chiner sur la brocante du Cours Mirabeau. J'ai parcouru vite fait les étales la goute au nez (qui devait être très violacé, tout ce qu'il faut pour attirer l'âme sœur). Place de la Rotonde, le soleil perçait difficilement derrière les nuages. Pas de quoi faire de fantastiques clichés des anges de la fontaine que la froidure avait habillés de glace.


On s'est regardés les anges et moi. J'ai bien senti qu'ils auraient aimé faire quelque chose pour créer une ouverture dans mon célibat. Mais voilà, il étaient figés à mort sur leur montures, des cygnes stoppés en plein décollage par le gel. Si c'est pas couillon non plus, que de placer un tel évènement à un moment pareil !

Il n'empêche, en remontant le cours, j'ai eu l'impression, que celui-ci était constellé de couples. Il y en avait partout qui avaient l'air décontracté et empli de tout cet amour qu'ils se donnaient mutuellement tous les jours de leur vie de rêve. Ils déambulaient collés l'un à l'autre, s'échangeant leur énergie calorifique pendant que moi, je me gelais et me contracturais les muscles dans ma pelisse élimée par les ans.

Finalement, j’ai senti que j’étais de trop, que je détonnais et qu’il fallait que je m’extrais de toute cette foule d’amoureux qui gardaient leurs sentiments rien que pour eux et blottis bien au chaud dans un coin secret de leur couple…des fois qu’on leur pique.

Et si seulement, ils avaient eu la bonne idée de partager un peu, de m’accueillir dans leur lit gentiment et de s’occuper de moi plutôt que d’eux-mêmes. De me réchauffer l’âme et de me prodiguer un bon massage voluptueux. Qu’est-ce que cela leur aurait coûté, franchement ?

Mais voilà, il n’y en a que pour eux. Eux, eux, eux, c’est incroyable ce que les gens sont égoïstes

American pictures





Joel Meyerowitz. Porch Series. 1976.



Bibliothèques Méjanes une fin de journée dans la semaine. La salle Armand Lunel (mais qui est ce type, au fait ?) se remplit un peu, trop peu, pour une conférence consacrée au photographe américain inconnu de moi : Joel Meyerowitz. La plaquette présentant son œuvre comportait une photo qui m’a plu et c’est pourquoi je me suis retrouvée au milieu de vieux photographes, universitaires et quinquagénaires bobos ce soir de février glacial.

Après la classique demi-heure passée à essayer de faire fonctionner le rétro projecteur, la séance démarre. La conférencière s’avère médiocre. Elle lit son texte de bout en bout ; mal de surcroit. Si Gaby entendait cela, il lui suggérerait un petit coaching en média training.

Mais de la nullité sort toujours du positif. J’ai donc appris par cette dame que les photographes américains, jusqu’aux années 70 prenaient leurs clichés en noir et blanc prétendant que la couleur parasitait le message visuel. Meyerowitz a bousculé ce paradigme et a imposé la couleur (raccourci). Il est vrai aussi que la couleur coûtait cher au développement et qu’il ne s’agissait pas de gâcher la pellicule avec tout un tas de clichés ratés ou idiots.

Quelques noms de photographes ont été prononcés mais je ne me souviens plus lesquels (j’aurais dû demander à la dame son power point). Ah si ! Le fameux Robert Frank et son ouvrage « Les américains ». Richard Avedon aussi.

Joel Meyerowitz a la particularité d’être le seul photographe à avoir été admis à travailler sur les ruines du 11 septembre. Et cela donne ceci :



Meyerowitz semble être le type qui débute éternellement dans la photographie. De prime abord, on se demande pourquoi de si mauvais cadrages, tant de gens sur les clichés sans qu’aucun ne se détache.



Il s’agit en fait du parti pris par le photographe ; laisser le regard circuler, fureter dans la photo. Avec Meyerowitz, le sujet de la photo n’est jamais unique mais multiple et on a le droit de choisir celui que l’on veut ou bien de ne rien choisir ou encore de tout prendre. Avec lui, on bosse, on doit aller chercher ce qu’il a voulu nous montrer. Il ne s’agit pas de rester passif devant une photo dont l’unique sujet vous sauterait d’emblée à la figure. C’est ainsi que j’aurais envie d’interpréter cette œuvre.



Finalement, cette conférencière assez peu douée à l’oral m’a ouvert un horizon photographique que je ne connaissais pas. En cherchant sur le net d’autres clichés, des infos sur le photographe, j’ai découvert d’autres professionnels, d’autres univers très personnels. Cela enrichi une fois de plus ma photothèque.

Je continuerai donc, à fréquenter avec enthousiasme les conférences assez foireuses.

L’homme qui virait les femmes


 





Ce matin mon Boss a passé presque deux heures dans mon bureau. On a fait de la Com Interne et pas façon Monika Lewinski. Quoi que de temps en temps au fil de la conversation, mon regard faussement animé, se fixait sur son entrejambe. Peut-être a-t-il vu que je voyais. Peut-être que cela l’a rassuré sur son sex-appeal ? Peut-être que pour la première fois de sa vie, il s’est senti regardé de manière brute sans l’arrière pensée fric et classe sociale qui anime les femmes qu’il croise dans sa vie.


Mon Boss bronzé de frais, tout droit arrivé de Courchevel ou Megève vient tâter le terrain. Il vient voir si je suis dans un trip de pré harcèlement, si j’ai la mine grisâtre des salariés au bord du suicide ou si, enfin, je compte dégager de sa French Company de manière amiable.

Pendant qu’il me parle, je regarde ses lèvres gercées (les baisers à la maison ne doivent pas être agréables à Madame en ce moment) et le haut de son oreille qui pèle. On a beau être millionnaire, le soleil ne fait pas de distinction. Riche ou pauvre, il nous crame la gueule.

Dans sa veste Armani Chasse, mon boss tente de me faire passer un message imprononçable. A moi de deviner. Il semble vouloir me dire :

« La grosse, comment ça va ? Vous savez, on ne sait pas trop comment faire pour la virer. Cela ne va pas être facile. Il faudrait un motif. Pouvez-vous m’envoyer encore un mail comme ceux que vous nous avez envoyés dernièrement ? Un truc bien lourd du style : Boss, la grosse veut ma peau. Il faut choisir. C’est elle ou moi. Virez-la ! Et ensuite virez-moi, je n’en peux plus ! ».

Voilà bien le truc auquel je m’attendais. L’utilisation d’un conflit entre individus par une Direction qui ne dirige rien et laisse le personnel s’éliminer entre lui. C’est ce qu’on appelle l’autogestion.

Marseille spéciale




Willy Ronis. Bar du Vieux Port. Marseille. 1946

La ville s’offre à tout va
Son port est son sexe béant

Les habitants sont intranquiles
Les bars sentent l’interlope
Les rues étroites sont assassines

Les mouettes s’affolent et criaillent
La mer s’affale sur les rochers
Son bleu vient de Prusse

Les agaves sont au garde-à-vous
Bientôt c’est la fin
Le sémaphore regarde au loin
Et ne voit rien venir

Les ports attendent parsemés de grues
Et les quais sont vides
Les baraques se chevauchent
Les friches sont industrieuses
Mais la révolte n’est plus là.

Pingouins cherchent banquise désespérément







Dans une zone d’Activités froide et sinistre comme une banlieue d’Europe de l’Est, rassemblement du staff ; cent personnes venues de tous les coins de France. Dans la salle de réunion confinée, des rangées de salariés tous habillés en noir qui m’évoquent des pingouins d’une tristesse infinie. Pourquoi tant de noir ? Cela rajoute à mon cafard. On est à un enterrement ou quoi ?

Callée au fond de la salle avec les mauvaises têtes de la boîte, je tente de suivre l’énoncé des Dirigeants.

« 2009 fut une excellente année malgré la crise ! Les objectifs ont été dépassés. Vous aurez une prime plus importante ».

La Direction va lâcher du blé pour l’équipe. On sent dans la voix du boss à quel point c’est dur de partager avec les forces productives.

On nous parle ensuite des perspectives de croissance à venir, de nouveaux marchés. Mais ces paroles ne convainquent personnes. Peut-être les Dirigeants vont-t-ils racheter, cette année encore, quelques boîtes en déconfiture ou dont le patron part à la retraite ? Ceci pour donner l’illusion qu’ils sont de véritables  entrepreneurs alors que ce ne sont que des financiers cyniques.

Au moment du buffet, discussion entre pingouins endeuillés. On parle une fois l’an avec des gens que l’on ne reverra pas. Echanges convenus sur l’activité de l’entreprise, sourires figés et bonne humeur factice.

C’est ce que l’on appelle une action de communication interne. Faire se connaître des gens qui font semblant d’être investis dans leur boulot alors qu’ils sont minés de l’intérieur. Créer une culture commune, c’est à dire des codes de conduite, des valeurs partagées par les salariés. Tu parles Charles ! La seule valeur partagée par l’équipe, c’est le flouze mais il reste pour elle un gros chiffre dans un bilan comptable et va directo dans la poche des boss.

Les vieux shnocks libidineux de la boîte draguent les jeunes recrues. La seule fois de l’année où ça leur est permis, d'ailleurs ! Ils sont tellement moches que même en payant, ils ne peuvent se taper que de vieilles putes ravagées.

Les jeunes recrues, donc, ces mignonnes, qui dans six mois commenceront à comprendre qu’elles n’ont aucun avenir professionnel dans les télécoms. Que leurs employeurs n’ont que faire des gens, du matériel trop pénible à installer et à entretenir, ni du marché, ni du positionnement, de rien en somme.

Que l’important ce sont les dividendes, cette ligne très discrète dans le bilan comptable. Cette seule littérature que leurs employeurs aiment à lire volontiers et qui les fasse vibrer.

Reconversation








Par ces temps gris et brouillasseux, la seule lumière positive agrémentant nos journées au bureau est celle de nos écrans informatiques.

Ce matin, pour transcender tout cela, j’ai joué les reporters photographes dans le labo technique. J’ai pris des clichés d’un dinosaure des télécoms à son poste de travail. Rien d’ambigu, croyez-moi ! Et pourtant à bien y réfléchir j’aurais dû proposer un petit scénario libertin. Mon collègue nu et très en forme sur son établi. Photos glamours, commentaires un tantinet aguicheurs :

« Max et son outillage, à votre entière disposition. N’hésitez pas ! »

On aurait bazardé le tout en mailing liste à l’ensemble de la boîte accompagné du Slogan :

« Osez une reconversion qui a de l’avenir. Soyez funs ! Venez nous rejoindre dans notre nouveau Service Développement du Personnel ! ». Rêverie.

- Je n’en peux plus de tout ce fiel !
- Moi non plus !
- Qu’est-ce qu’on fait ?
- On fait tout cramer ?
- On se fait licencier !
- On dégomme les fielleux !
- On monte un journal interne et on se fout de la gueule de tout le monde pour se venger.
- On devient fielleux, alors ?
- Mouai, mauvaise proposition. Bon, on prend sur soi, on prend du recul et plus tard, on prendra la fuite !



Tu me cherches ?





Photo Steven Klein


Ce matin mon boss vêtu Hugo Boss est passé comme un éclair dans mon bureau. Il m'a demandé ce que je souhaitais pour 2010.

J'ai dit : de la sérénité dans le travail, du respect, de la communication.

Ce dernier aspect l'a interpellé : "Moi aussi, la communication....bla bla bla....une valeur de l'entreprise...bla bla bla".

Je n'ai pas relevé
Je n'ai pas polémiqué
Je ne suis que salariée

J'aurais dû dire. " Boss, ce que je veux pour 2010 ! Empocher les trois ans de salaire que tu m'as promis (phantasme). Me barrer fissa de ta boîte vérolée et malsaine (réalité). Et monter ma boîte à moi. Faire de la Com qui sert à quelque chose. Qui sert à relier les gens, à informer, à questionner, à créer des synergies (quadruple phantasme).

Mais je n'ai pas parlé
Suis pas encore assez cinglée
Mais faudrait pas trop me chercher

Haute fidélité








On est dimanche et à ce moment très avancé de la matinée, je capte « Sunday Morning » du Velvet Underground. J’entends la voix traînante, un peu fausse du chanteur tout en lisant Haute Fidélité, l'histoire d’un trentenaire qui se replonge dans ses amours adolescentes forcément chaotiques et assurément touchantes.


Je regarde le paysage grisâtre au dehors, sans lumière, sans contrastes, sans perspectives. Comme moi, en somme. Sunday Morning, gentiment carillonnant s’arrête et je cherche de nouveau à meubler le silence par un fond sonore tout aussi planant et anesthésiant. Je mets « Glory Box » de Portishead. L’ambiance vintage de la chanson avec ses craquements faux microsillons et la voix de la chanteuse façon années 50 me charment un maximum mais me maintiennent dans un état guère propice à la mise en place d’une journée active et constructive.

Je pense à mon travail de la semaine à venir ; un travail qui me sape depuis des années. Pour faire fuir ces pensées qui risquent de gâcher ce dimanche couleur temps de pluie, je fais démarrer « A broken skeleton key » de Peter Von Poehl. Puis immédiatement après, j’enchaîne sur les sifflotements aériens de Goldfrapp dans « Lovely Head ». Je me sens aspirée très loin parmi les nuages, je flotte entre le néant et le rien, le temps du morceau. Voulant rester dans cet état d’apesanteur, je choisis Air et les scintillements de « Cherry Blossom Girl ».

A la faveur de mes pérégrinations sur le net, j’ai découvert que la musique qui aura accompagné en majeure partie la parenthèse de Noël et du Jour de l’An est identifiée Trip Hop. Je suis fière de me découvrir des goûts aussi modernes. Je reviens de loin ; du Stabat Mater de Bach, du Messie de Haendel, des pièces de Scarlatti, Carulli, Carcassi et autres italiens romantico-baroques que je jouais sur ma guitare à l’adolescence.

Ces vacances de fin d’année auront été placées sous le saut de la musique électro à forte inclinaison planante ; avec quelques digressions tout de même car « Fire » de Oai Star, ça réveille plus que cela ne berce.

J’aimerais, quand même, les semaines, les mois à venir ne pas trop avoir besoin d’écouter ce genre musique comme un renfort doux et délicat à un moral assez bancal. Je voudrais du bal musette, de la salsa, de la musique folklorique, de la country. Tout ce qui accompagne les esprits gais et enthousiastes qui n'ont pas besoin de musicothérapie à forte dose.

Bise moi !




Photo : Mel : "Pas de bisous".


Cette année, j’ai décidé d’un commun accord avec moi-même de boycotter la soirée du nouvel an et son cérémonial grotesque consistant à embrasser sur la joue à minuit tapante chaque personne en présence de laquelle on se trouve. Ce rituel faux-cul qui nous plonge à chaque fois dans la gène quand il s’agit de faire la bise à un individu inconnu ou à celui – connu - dont on sait implicitement que l’on en a rien à cirer l’un de l’autre.

Dans notre société occidentale décadente, l’usage généralisé (au bureau, à la salle de sport, à l’école, chez le médecin, au marché à légumes, à Confess, au vernissage branché…) consistant à assortir son bonjour d’une bise est assez insupportable et relève d’une hypocrisie pseudo victorienne voulant dire : « Regarde comme on est cools, simples, authentiques et comme on se considère spontanément d’égal à égal ». Amen ! Dans nos sociétés, nous n’aimons pas ou n'osons pas, en règle générale, nous toucher à moins d’être partenaires sexuels consentants. Dans ce cas, en principe, c’est la débauche…enfin, en principe…

Alors pourquoi, s’enquiquine-t-on avec ces fausses bises ? Hein, pourquoi ?

La bise, qu’elle soit quotidienne ou cérémoniale, quand on y réfléchit bien, n’est en rien un joli bécot claquant bien droit sur la joue. C’est tout au plus selon les personnes – car il y a des variantes – une accolade avec un léger frottement de peau et un baiser qui ne sachant à quoi se raccrocher va mourir tout seul dans les airs…comme un con. Ce qui est bien triste.

Parmi la gamme des accolades, on a la joue molle tendue sans conviction par des mouligasses du baiser, la joue du fauzami raidie par un rictus mal dissimulé, la joue en perdition qui s’écrase comme une fiente de pigeon…mauvais signe, la joue qui fleurte et s’enfuit par minauderie, la joue indifférente tendue en pensant à autre chose, la joue batailleuse, celle qui vous envoie valdinguer vos lunettes, la joue cogneuse, celle qui vous bugne les pommettes et s’empresse de vous reprocher votre maladresse… La liste est infinie et c’est chacun son style.

Certainement, y-a-t-il dans cette attitude un non-dit, celui de l’hygiène. Et peut-être que nous avons raison après tout de ne pas frotter nos lèvres à la couenne de l’autre si cet autre est déjà passé par les lèvres de congénères polis. S’agit pas de ramasser sans qu’on l’ait demandé, une armée de bactéries en croisade contre les corps sains. Beurk !

Finalement, à bien y réfléchir, la bise qui claque sec, c’est dégueu. En 2010, je tente de remettre à la mode la bonne poignée de main sincère et…propre. Je commencerai par les collègues de bureau. Ça c’est du projet qu’il est lourd. Je vais peut-être même le proposer à notre Président.

Tech à claques









Dans mon entreprise comme chez France Télécom, c’est la lutte entre deux mondes. Les Techs quincas, représentants de l‘ancien monde, assez las et forcément désabusés, qui voient s’enfuir au loin une grande partie de ce qui fonde leur métier. Je veux parler ici, des éléments palpables et concrets du métier.

Technicien télécom, jusqu’à ces dernières années, c’était du lourd mais aussi de la finesse. C’était transbahuter et installer dans des locaux perdus, en haut des massifs, tout un tas d’équipements dans le seul but que Monsieur Tartempion le pompier puisse parler, depuis son camion, de la forêt qui brûle à Monsieur Quinquempois son chef situé à plusieurs kilomètres.

C’était aussi démonter, découper, bidouiller, raccorder, souder ces fameux équipements et tous leurs accessoires (antennes, câbles, hauts parleurs, microphones, relais émetteurs-récepteurs, parafoudres, systèmes d’alimentation en énergie etc). Pour cela, les Techniciens revêtaient une belle blouse blanche de labo, plongeaient la tête au-dessus de leur immense loupe pour mieux distinguer les composants, allumaient leurs instruments de mesure et autres ampèremètres, faisaient chauffer leur fer à souder, cherchaient pendant des heures dans leurs boîtes à diodes et lampes en tous genres le bon élément à placer sur la carte électronique.

De nos jours, avec l’envahissement du numérique, le Tech trentenaire postmoderne est arrivé avec son langage anglo-saxon pétri de : bits, hyper, leds, wave, TOIP, access line, broadcast, set top box, UMTS… et son PC ultra performant et froid comme la mort. Le Tech du 3ème millénaire fait partie des nouveaux ronds de cuir, les yeux rivés sur l’écran de l’ordinateur. S’il lève son postérieur de la chaise, c’est tout au plus pour aller pisser ou installer - tel un jeu de légos - un ensemble d’éléments dans une armoire technique pas plus grande qu’un micro ondes.

Le Tech ancienne génération et le nouveau Tech, évidemment, ne s’entendent ni ne se comprennent, vu que l’un parle anglais et l’autre français. L’un est un tactile de plus en plus frustré, l’autre un cérébral qui vibre en tapant du code sur fond noir.

Pour appréhender la différence de culture, le fossé des générations, rien ne vaut que de jeter un œil sur l’espace de travail des intéressés. L’un, souvent en désordre, est envahi par toute une série d’objets et très appareillé, l’autre est nickel chrome, pas l’ombre d’un pixel qui traine. Tout au plus entrevoit-on la pâle lueur d’un écran plat. Ambiance salle blanche assurée.

Voici donc, en très condensé une illustration du métier de Technicien télécom et son évolution ; son enrichissement par le numérique en terme de capacité et de services et son appauvrissement dans le fait de pouvoir de moins en moins manipuler les éléments constitutifs des dispositifs et intervenir directement dans leur fonctionnement.

Technicien télécom un métier pour ceux qui n’aiment pas s’encombrer d’objets, en somme.

Fonky plomberie






Ce matin dans ma douche dimensionnée bien plus pour des rugbymen très en forme que pour une fille stocofish comme moi, j’entends venant de mon pc les paroles du groupe on ne peut plus marseillais Oai Star : « cousin tu as l’air égaré, ton quotidien te fait caguer….tu dois sortir de ton sillon ». Et là je ne sais pas pourquoi, ça me va en plein cœur.

J’ai pourtant de bons vrais zamis, des collègues de travail sympatoches, ou presque, des patrons généreux qui me payent grassement, une énergie débordante, surtout le week-end, un chez-moi privilégié pas trop encombré d’objets inutiles, une vie sentimentale pleine de liberté ou tous les possibles sont imaginables.

Il est vrai que je ne me suis jamais autorisée grand chose qui sorte du confort bourgeois. Le confort, c’est tellement rassurant, douillet. Mais cela ne fait pas vibrer. Tout au plus, cela endort-il les sens et génère un ennui vertigineux quasi mortifère.

Ce matin, l‘eau coule à flot dans ma douche surdimensionnée, m’enveloppe chaleureusement et me ramollit terriblement.

Il serait peut-être temps de sortir de mon sillon.

Flouze Party




Un soir en semaine dans un restaurant d’Aix. Une assemblée de femmes chics - plutôt carte vermeille que carte étudiante – ma cooptatrice et moi.

Immersion dans un monde totalement inconnu. On est loin d’ATTAC, du PS en désintégration, du club de supporters marseillais ou aixois, des coudes sur la table, des courses à Auchan, du double pastis à midi, des blagues à deux balles et du web olé olé. Ici, on est dans un club genre Ladies sans Gentlemen (lesquels, d’ailleurs, sont au bridge ou chez leur maîtresse). Et pour y rentrer suffit pas de faire Toc Toc à la porte.

On n’est pas sur Facebook où on crée son profil en deux secondes et, où en trois clics on peut se faire des dizaines de vrais-bons amis de trente ans. Ici on est entre dames de haut rang et il est préférable de sortir les bonnes manières si on ne veut pas faire tache.

Les, Oh putain con ! Merde ! Fait chier la vioque ! Ne sont pas de mise.

Si, ce soir, je suis attablée ou accablée…je ne sais plus…avec ces old ladies, c’est que mon apparence bon-chic bon-genre et bon Dieu sans confession inspire confiance. Pourtant, j’ai bien l’impression que l’on ne fait pas partie du même monde.

Toutes ces dames qui se sont aperçues qu’elles vieillissaient grave et qui souhaitent renouveler le cheptel, semblent à deux milliards de kilomètres de moi. Riches ou paraissant l’être, ex ou actuelles avocates, notaires, diplomates, diamantaires, une déclinaison de professions smarts loin de la technicienne de surface, de la shampouineuse ou de l’épicière du coin.

Toutes ces femmes sont évidemment maquées et ont en moyenne plus d’enfants que la France n’en aurait souhaité.

Toutes ces ladies au statut privilégié ont toutefois un cœur et pensent à celles qui le sont nettement moins (par exemple, moi bientôt, quand je me serai fait virer par mes boss). Ces dames, donc, organisent généreusement des événements, récoltent un max de flouze et le distribuent à de nobles causes : construction d’une école chez les Inuits, dons de matériels divers pour se sortir de la mouise, bourses à de jeunes étudiantes prometteuses, formation de personnels pour soigner bien comme il faut les populations etc, etc, etc.

Tout ce bien réparti de la sorte me met sacrément du baume au cœur tout d'un coup. Je me demande si je ne pourrais pas prochainement me mettre sur les rangs des nobles causes à sponsoriser. Faut que j'étudie de près les statuts du Club.

Parfum de femme







Ce soir Miss Pagerank est passée à la maison. Son odeur flotte encore dans l’air après son départ. J’ai échappé cette fois-ci à une invitation chez elle. La compagnie de son mari et de ses piques méchantes à l’encontre de sa femme m’aurait largement contrariée.

Les choses se sont passées simplement. Elle est venue. Je lui ai fait écouter quelques disques achetés récemment. Sur un fond sonore de Melody Gardot et Martina Topley-Bird, on a évoqué nos activités professionnelles respectives, l’aspect délirant et pitoyable de certaines situations, les carences managériales et les stratégies à mettre en place pour se protéger tant bien que mal. On a rejoué sous forme de sketch la scène de l’agression verbale de la poupée sanglante à mon égard. J’ai appuyé lourdement et avec délice sur l’accent quartiers nord de la matrone. Cela m’a décontractée deux minutes.

Une chose est sûre, la borderline a dépassé la ligne rouge. Je vais devoir alerter la Direction qui n’attend que cela, qu’on lui raconte ce qui se passe dans les agences, surtout le pire. Une action rabaissante, en somme, mais nécessitée par le fait de se préserver. Avec le pâle espoir que cela assainisse la situation.

Ce soir, Miss Page est passée à la maison, son parfum flotte encore dans l’air. Je le respire avec volupté. Bien plus agréable que l’air vicié de mon entreprise.

Sur les dents






Gigondas est un bled vauclusien bien connu pour son vin à 15 degrés et 15 euros en moyenne la bouteille. Gigondas est un village-crèche qui attend le touriste friqué l’été et se met en hibernation l’hivers. Le fameux village est aussi réputé pour les massifs qui le surplombent, sortes de rochers découpés qui ressemblent à des rangées de dents gigantesques et déchaussées, plantées sur des gencives buissonnantes.

Une fois achetées, dans le village, une ou deux bouteilles qui tapent fort à la tête et au porte-monnaie, le but est de découvrir, du haut des éperons rocheux, le paysage de vignobles, collines touffues, oliveraies, vallons ombrageux, gorges vertigineuses. Et là, il s’agit pas de s’être enfilé quelques verres de Gigondas en trop parce qu’on risquerait fort de descendre des hauteurs plus vite que prévu, diminuant ainsi considérablement notre durée de vie.

Donc, si on sait être sobre, on peut cheminer le long des gencives, appelées plus poétiquement Dentelles de Montmirail, capter l’odeur des buis qui s’épanouissent le long des sentes, marcher sur les feuilles de chênes en prenant soin de ne pas glisser, admirer la symétrie ondulante des coteaux de vignes, lorgner le Mont Ventoux et son éternel sommet blanc, entrevoir, côté opposé, les plaines archi plates de la vallée du Rhône, colonisées, elles aussi, par les vignobles aux cèpes râblés moins chicos certes, mais plus abordables financièrement.

Marcher dans les Dentelles, c’est profiter d’un paysage splendide valorisé de longue date par ses autochtones, des vignerons qui ne bradent pas leur savoir-faire et jouent quand même un peu sur le snobisme de certains voire de beaucoup.

Il est bien évident que pour ceux que la marche rebute et qui n’ont pas peur des effets secondaires liés à une dégustation trop insistante, il est toujours temps de foncer chez Madame Gaudin, sympathique vigneronne qui en connaît un rayon sur les syrahs et autres grenaches qui vinifient tranquillement dans sa cave.

Manège désenchanté




Ce dimanche, ce n’était pas vraiment la fête. C’était un jour, comment dire ? Gris-souris ou marron-taupe. Une coloration foireuse qui ne vous booste pas du tout, mais alors pas du tout les cellules de la bonne humeur.


En fin d’après-midi, n’en pouvant plus de cette grisaille interne et externe, je descends cours Mirabeau. Les chalets en bois typiquement provençaux sont de retour avec leur artisanat quincaille surévalué. Les badauds déambulent et s’intéressent mollement. Le temps n’est pas encore venu des achats dans le stress. Je me laisse couler doucement le long des étalages, j’essaie de repérer les articles les moins kitchs. Ma vue doit baisser, je n’en vois pas.


Place de la Rotonde, on change d’atmosphère en un clin d’œil. Les couleurs deviennent violentes, la foule se densifie, les haut-parleurs envoient leurs décibels sans vergogne. On entre sans transition dans le populaire. Pas un seul bobo dans les parages, pas de rangs de perles, pas de catogans non plus. C’est la fin des haricots ! On y peut rien, se sont les goûts de Madame le Maire qui nous colle chaque année cette fête criarde en priant pour que la ville perde à tout jamais ses allures BC-BG.


J'erre un moment dans les senteurs de graille. Je stationne devant les autos tamponneuses qui ont toujours autant de succès chez les huit ans surexcités et hilares. J’observe la marchande de barbes à papa (cette étrange friandise qui creuse l’estomac plus qu’elle ne le remplit) qui attend le client en souriant et dont j’envie le sourire. Je suis les mouvements circulaires du manège principal et perçois les cris de joie de ses occupants. J’accumule les photos plus floues les unes que les autres.

En bout de course, au kiosque du coin, je tombe en arrêt devant une affiche de Sarko et là, mon moral s’effondre. C’en est trop pour un dimanche soir. Je remonte chez moi rapido et laisse derrière moi toute cette bonne humeur que je n’ai pas su attraper.

Hypocondrie



Samedi, c’était la fête au cabanon. J’avais rassemblé des convives triés sur le volet, essentiellement du personnel médical : 4 infirmières, un réanimateur, une spy, un médecin et une laborantine.


En ces moments de difficultés existentielles mes angoisses ressurgissent et je me demande si je ne serais pas susceptible de tomber malade subitement. Donc, le mieux est de prévenir et de s’entourer de spécialistes. Toutes ces personnes sont d’autant plus charmantes et remplies de tact, qu’à aucun moment, il n’est question dans la conversation, de leurs boulots et des atrocités qui s’y passent. Parler de maladie et de soins en tous genres plomberait gravement l’ambiance et me ficherait un bourdon d’enfer. L’effet serait donc totalement contreproductif. Ce n’est pas la peine de fréquenter le corps médical si c’est pour voir sa santé mentale en prendre un coup du fait de propos gores et morbides. On est d’accord, n’est-ce pas ?


Finalement, tout c’est bien déroulé. Pas de malaise soudain. Mes invités n’ont pas eu à utiliser leurs compétences techniques. Mais, je n’hésiterai pas à les réinviter, on ne sait jamais. Il est toujours important de savoir bien s’entourer. Il faudra que je le dise à Miss Pagerank qui me délaisse en ce moment pour ses activités professionnelles austères et épuisantes.

Vagabondage orthographique





Forum teenagers



Minilasouris
Bonjour à tous, je vous écrit parce que je suis très malheureuse parce ke mon petit ami m’a plaquer hier et ke je suis au bord du cuicide. J’aimerai savoir si cé normal.

Mecton
Si c’est normal quoi ??? Que tu te suicide ou que ton mec t’as plaquer ?

Minilasouris
Si c’est normal que j’en est mare de tout.

Sexigirl
Il était beau ? Quel age il avait ?

Minilasouris
9 ans

Sexigirl
Cé un BABY !!!! Attention, tu vas allé en prison !!!!

Minilasouris
Quoi ???

Sexigirl
Parce kil est mineur et que t’es pédofille

Minilasouris
Wouaaou !!! j’avait pas penser

Sexigirl
ALORS !!! il était beau ou pas ?????

Minilasouris
Je m’en souvien plus. De toute façon il été trop CON !

Goldorak
Mini té libre alors ! Jé 13 ans ça te va ? je suis pas super beau mais on m’a mis un apareille dentère et bientôt je serai beau.

Sexigirl
Hello Mini, t’as déjà couché avec ton mec ?

Minilasouris
Koi ça va pas non et si je tomberai en sainte. T’imagines ma mère mémé à 32 ans !!!

Mecton
32 ta mère ??? Elle est trop à la casse la vioque. Comment i fait ton père ?

Minilasouris
Mon père il nous a lachement abandonné ma mère et nous et je le modis grave.

Sexigirl
Ouai c’est triste ! moi aussi mon père i nous a tous plaquer. Il est parti avec un militaire. Même que ma mère dit qu’ils font plus l’amour ke la guerre. Cé dégueulasse. J’ai trop la honte.

Mecton
Cé pas grave bientôt le militaire il va se faire explosé en afganistan

Goldorak
Bon Mini on s’en fout de ton père ké pd. Est-ce que t’as une photo ?

Minilasouris
Oui

Goldorak
On peut voir ?……………….c’est toi ???? tu fais du porno ????

Minilasouris
Non, cé une photo dans une teuf de ouf. J’étais un max bourrée. Je me souviens de rien.

Mecton
Cé normal que tu te souviens de rien parce que cé pas toi. J’ai vu la même sur le web. T’as 12 ans et tu fé du 95 !!!!!! Même ma mère elle le fé pas

Goldorak
Ta mére éjectée en enfer !!!

Minilasouris
Comment tu parles de ma mère toi ?!

Goldorak
Je parle pas de ta mère je parle de SA mère à LUI. Bon Mini, t’as pas une photo en normale pour ke je vois ki tu est.

Minilasouris
Sorry, j’en est pas. Si tu veux, j’en est en collant-talons hauts ke j’ai piqué à ma sœur

Goldorak
Lache le clavier ! j’ai pas le temps faut ke je range ma chambre sinon ma mère elle me tombe dessus comme un tsunami

Minilasouris
Ouai, je vois ke tout le monde s’en fout que je suis au bord du cuicide

Sexigirl
Ouai cé vrai, on s’en fout grave. Y en a déjà assez des nazes de France Telecom !!


Peau de peinture




« Doc, et si on allait à l’expo Cantini ? ».

Doc est une amie psy de son état (mauvais) que je soutiens de longue date. Doc oublie toujours de laisser à la sortie de son cabinet toutes les angoisses de ses patients et les amène avec elle le week-end. Doc a donc des week-end très chargés….psychologiquement, du moins.

« C’est à Marseille ! C’est loin, non ? »

« Très loin, 30 km, mais on y arrivera »

Le Musée a oublié d’être vide ce jour là. 80 % de femmes, Doc et moi. L’expo tourne autour du thème « la scène de théâtre qu’est peinte…par des peintres ».

En deux mots, de grands tableaux, de moins grands, des rikiki, des lugubres, des chiants, des chefs-d’œuvres, des carrément ratés.

Doc : « Ce tableau me fait vibrer, j’aime ce qu’il dégage. C’est si poétique et intemporel. Cette femme à la peau diaphane semble si inspirée. Elle sort de la matière. C’est mystique, ça me bouleverse ! »

Moi : « Mouai, moi, je crois qu’elle est hyper tracassée vu que la ville est en feu et que les remparts sont en ruine ».

Doc me regarde interloquée, je sens que mon incapacité à ressentir l’indicible la désole. Moreau ne nous aura pas rapprochées Doc et Moi. Mais, c’est sans importance parce qu'on a été d’accord sur les toiles pleines de mecs et de nanas classico-grecs prêts à se bouffer le nez. Ceux là et leur air furibard, on les fourguerait bien au prochain vide-grenier.

« Doc, dis-moi, c’est qui déjà Othello ? Qu’est-ce qu’il a fait pour ce retrouver ici et Lady Macbeth, elle n’a pas l’air tranquille ».

Je crois qu’il me manque quelques clefs pour aborder ces chefs-d’œuvre. Je sens encore mon ignorance toquer à la porte.

« Doc, qu’est-ce que tu fais dimanche prochain ? »

« Je vais à la Méjanes, il y a une rétrospective Pasolini »

« Mouai, je crois que je vais aller marcher ».

Neu Neu




Elle était très engagée dans le domaine de la connerie. Vraiment. Elle y croyait fort. Comme une mission qu’elle semblait devoir accomplir.

Et moi, je l’encourageais à aller jusqu’au bout. Là où son être s’épanouirait entièrement. Je l‘ai soutenue avec patience dans son entreprise longue et austère. Je l'ai accompagnée à maintes reprises sur ce chemin tortueux. Elle était si seule.

Moi aussi, il me semblait être de temps à autres touchée par cette grâce divine qu’est l’abandon de toute forme de jugeote. Je me sentais en apesanteur, délivrée de toutes contingences. Nous échangions dans ces moments intimes de sècheresse intellectuelle de longs regards vides et des sourires sans objets.

Depuis qu’elle est partie vers de lointains horizons, c’est moi qui suis seule et je n’ai de cesse de retrouver cette harmonie. Parfois, de nouvelles rencontres me font croire un instant à un recommencement. Mais non, ce n’est qu’une fausse impression, un temps d’arrêt dans cette quête sans fin de la bêtise partagée.

Mieux qu'une psychothérapie : Mini Cooper



Tel est le slogan imaginé par l'agence de com de la célèbre voiture et que l'on peut apercevoir dans les rues marseillaises et ailleurs, en ce moment. Aurait-on pu penser trois secondes qu'une telle comparaison puisse être faite ? Non ! Sauf qu'une agence de publicité est payée pour tout imaginer jusqu'au pire. Là, on est pas vraiment dans le pire, on est juste dans le réalisme pragmatique cynique. Les publicitaires nous connaissent bien, nous et nos faiblesses consommatrices. Ils savent que dans nos moments d'errances grises nous sommes tentés de nous réconforter rapidement, sans faire d'effort, sans trop réfléchir. Que nous sommes des déprimés en puissance qui ne demandent qu'à exploiter le potentiel de leurs angoisses. Vite vite sans chercher trop loin.

Il est donc clair que l'agence partant de ce présupposé basique a fait le calcul suivant, celui du prix de revient d'une psychothérapie moyenne et qu'elle l'a comparée au prix de la Mini-m'as-tu-vu. Elle s'est imaginée un individu bien installé dans la dépression possédant un certain pouvoir d'achat (ce qu'il faut pour pouvoir assumer un certain type dépense sur plusieurs années et un projet assez hasardeux sur le plan du résultat) et qui décide enfin d'aller consulter avant qu'il ne soit trop tard.

Soit pour une heure d'épanchements chez un psy ordinaire (pas un psychiatre, celui qui nous bourre d'anti dépresseurs et nous rend au final junkie) compter 50 euros à raison d'une fois par semaine sur 5 ans. On retire le mois de vacances du psy, cela fait donc : 11 mois multipliés par 4 semaines sur 5 ans = 220 X 50 euros = 11 000 euros.

Et là ça cloche. Soit l'agence s'est plantée dans ses calculs, soit elle a échangé les dossiers d'annonceurs et de voitures, la pub étant destinée aux acheteurs potentiels de Twingo à 10 000 euros moins la prime à la case = 9 000 euros.

Car ici la promesse est mensongère. La Mini est bien plus chère qu'une psychothérapie.

Nous pourrons donc conclure par l’affirmation suivante : Mieux qu’une Mini Cooper, une bonne thérapie !

Et au moins dans une thérapie, on peut pleurer tant qu'on veut on ne risque pas de tâcher les sièges en cuir, on ne risque pas d'aller dans le décor pour cause de vision troublée par des torrents de larmes, on ne risque pas l’usure à parler, détailler, reformuler, reprendre, se contredire et renchérir, on ne risque pas de passer pour un précieux qui fait la tête sans raison valable au volant d'une voiture glamour.

On risque juste de perdre son temps face à un professionnel lassé de toujours entendre les mêmes jérémiades depuis des lustres.

Heure blues



Samedi pluvieux. Mon mobile entonne une toccata de Bach agaçante. Penser à changer ce truc.

"Allo, c'est Miss Pagerank. Tu fais quoi ce soir ?
Heu !
Y a un concert de jazz à la salle Machin. Tu viens ?
Heu, oui !"

20 heures. Salle Machin pleine à craquer de bobos. On ne peut y échapper à Aix. C'est la poisse. De l'Education Nationale, de l'associatif en vois-tu en voilà. Tu prends les mêmes et tu les mets dans un congrès PS, à une manif de printemps, à un débat ATTAC, à une rétrospective Pasolini à la Méjanes, c'est pareil.

En attendant l'arrivée de la chanteuse et que Miss Pagerank veuille bien m'adresser la parole, je zone devant un buffet vide. Deux petites bonnes femmes sympas me branchent. On blague, elles me tapotent les bras amicalement. Leur style pétasse-intello-chic détonne un peu dans le lot. J'aime.

Miss Pagerank : "tu les connais ?
Heu, non.
Ah toi, alors !"

Alors quoi ? Miss Pagerank découvre mes aptitudes en matière de Public Relation. Jalousie.
La chanteuse arrive. On s'est s'installées en rang d'oignon. Je suis reléguée au coin. On attend encore. La chanteuse se chauffe la voix, les musiciens refont la balance, des lampes ont fondu. C'est la dèche. J'en profite pour observer Miss Pagerank. Ce soir, elle est un petit peu mieux que d'habitude. Elle a foncé sa couleur, mit une veste en cuir noir, un chemisier Seventies. Seules les chaussures font encore assez "Dame". Il faudra que je lui dise.

Ce soir là, j'ai écouté du jazz sans vraiment l'entendre. J'ai parlé sans vraiment échanger. J'ai été accompagnée sans l'être vraiment. J'ai été décorative pleinement.

Enfin, je deviens mondaine.

Moche toi-même !




Que c'est cloche d'être moche ! Le problème est que pour compenser, il faut s'évertuer à être d'une intelligence irréprochable, inoxydable. Autant dire qu'il faut cravacher dur car l'intelligence, chacun sait ou suppose, est un Everest difficile à atteindre même pour les moins stupides d'entre nous. Je n'ose imaginer la somme de travail pour ceux dont le terrain est très infertile (c'est pas mon chat qui me contredira).


D'où l'intérêt d'être demi-moche car pour équilibrer l'ensemble, il suffit d'être à moitié intelligente ou un petit peu con mais pas trop. Et finalement, cela fait une moyenne d'intelligence et de mocheté assez passe-partout, acceptable dans de nombreuses situations, exceptées :

- quand tu vas en boîte hype caresser le dancefloor parmi les Top Modèles (qui sont rarement des modèles d'intelligence, selon certaines mauvaises langues)

- quand tu cherches un mec sur Meetic. Ceci, même si tu n'es pas difficile, que tu as au fil du temps largement rabaissé ton niveau d'exigence et que tu es prête à accepter le moins intelligent des plus cons ou le plus laid des pas trop moches. Suis-je claire ?

- quand tu te présentes à un entretien d'embauche passé 40 ans (situation relevant de la science fiction), parce que dans cette situation ta demi-intelligence et ta beauté parcellaire ou fanée ne servent à rien. Ce qui compte c'est ta capacité à tout encaisser de la part de ton petit chef pervers et sexuellement refoulé.


Tout cela risquant d'être assez triste, l'humanité a inventé la sagesse. Cette vertu qui rassemble sérénité et intelligence des êtres et des choses. Cette vertu que chacun a le droit de cultiver (même sur des terres arides) sans mesure et qui diffuse autour d'elle tant de beauté.

Bô mecs

clique et tu découvres Rue Sésame
Ce soir, j'ai envie, moi aussi, de jouer les commentatrices de l'actualité. J'ai envie de parler de deux gars qui ornent le fronton de Google. Deux beaux mecs qui m'ont replongée vingt ans, que dis-je ? Trente ans en arrière. A l'époque, 1978, je les regardais du coin de l'oeil sur la télé familiale, en couleur depuis peu (parce que c'était cher, la couleur), que je les regardais, donc, contrainte et forcée parce que mon jeune frère les visionnait en rituel à une heure autorisée pour les petits, 18 heures, juste avant la soupe vermicelle (ce qui équivaudrait à une heure du matin pour les morveux actuels).

Le petit rondouillard semblant plus jeune et le grand maigre à la touffe explosée paraissant un brin lunaire.

Ces deux mecs à la mine sympatoche façon Muppets ne m'évoquent par contre, aucun scénario particulier. Que faisaient-ils donc tous les deux ? Etaient-ils deux collègues de boulot s'engueulant à tire-larigot, deux potes de Fac s'interrogeant sur leur avenir, deux sportifs dans les vestiaires papotant pendant des heures en se rhabillant (où sont passées les séquences sous la douche ?), deux copains de chambrée quand le service militaire était encore là pour former (ou déformer) des hommes, des vrais ou bien encore deux gays en train de se quereller pour des questions de logistique ménagère.

C'est ça, je crois que ces deux mecs étaient gays. C'est sûr, voyons, puisqu'ils portaient le même tricot sexy à fines rayures, avaient la même coiffure sculptée par un gel fixation intense, les mêmes conversations de mecs et étaient tout le temps fourrés ensembles. Bart et Ernest étaient les ancêtres au masculin de The L World. Ils devisaient sur les lieux de drague, les pratiques sexuelles en vogue, les backrooms, les accessoires SM, le coming out de untel ou unetelle, les tendances vestimentaires, les bonnes adresses du Marais. Tout un tas de trucs propres à intéresser des gamins très curieux et assoiffés de nouveautés.

Et ma mère nous laissait regarder ça. Quelle ouverture d'esprit !

Coup du lapin



Appel sur mon portable un samedi soir. Miss Pagerank me tient la discute pendant une demi-heure.

Proposition sympa :

- Tu es libre dimanche ?
- Heu, oui !
- Tu viens manger à la maison ?
- Oui, oui !
- Mister, mon époux va faire un good repas. Mais, je ne serai pas là.
- Ha, bon ?!

Proposition moins sympa.

Miss Pagerank me bazarde entre les mains de Mister Monologue pendant qu'elle va s'éclater avec : son amant, ses copines, en boîte échangiste, faire de la relaxation, de la muscu, visiter une expo géniale. Que sais-je encore ? Tout ce qui sied à une femme moderne au top de sa forme.
Mais qui c'est celle là ? Une perverse, une nigaude, une qu'en peut plus ? Les trois à la fois ? N'a t-elle pas compris que je ne donne pas dans la courtisane et que son mec me gonfle ? Mais pourquoi elle le met pas aux enchères sur E-Bay ? et on en parle plus ! Pourquoi est-ce moi la sacrifiée ? Suis-je seulement la première ?

Ce dimanche dans une matinée très avancée, j'ai envoyé un texto au cuisinier-bavard en recherche perpétuelle d'auditoire : "Suis souffrante. Ai trop mangé hier". Et Vlan ! Un bon lapin bien envoyé. Réponse illico du cuisto éconduit : " je me suis levé à 7 heures pour préparer ce repas que nous devions partager dans la convivialité". Bing ! Tentative de culpabilisation. Ça ne prend pas, j'ai passé l'âge.
Bon, j'espère que Miss pagerank, de retour de son super dimanche aura su apprécier le super repas mitoné par son super mari.

Que je les envie tous ces couples qui s'aiment tant.

Quand tu veux je t’apprends la marche haut-débit



Fin de week-end sur les chemins de la Sainte Victoire, comme dirait Jacqueline notre arrière grand-mère à tous.

J’empoigne mes bâtons de marche nordiques et décide de faire un de mes circuits habituels au pas cadencé et alerte des marcheurs visionnés sur le net. Je fais aussi appel à de lointains réflex en matière de ski de fond et démarre ma séance sportive autocentrée.

Le principe est simple mais s’avère difficile à mettre en œuvre en raison de l’indépendance naturelle du haut et du bas. Le but est que lorsque l’on avance le pieds gauche, le bras droit s’avance aussi, le tout devant donner une impulsion au corps. Idem pour la partie droite. Le corps est ainsi propulsé élégamment – si tout va bien – et un parcours que l’on ferait en deux heures sans équipement est bouclé les doigts dans le nez en un rien de temps ce qui, notons bien, est vachement valorisant pour celui qui aime se dépasser.

Le souci est que les jambes ont vite tendance à tricoter dare-dare tandis que les bras peu habitués à ce genre d’exercice perdent vite le rythme et contrarient la danse harmonieuse de tous les membres. Donc, au début de la pratique de cette activité, si l'on veut marcher à la même cadence qu’un groupe confirmé, on peut le faire mais au prix d’une grande perte d’énergie due à un surnombre de mouvements.

Dans un raidillon, après avoir vérifié qu’aucun promeneur ne soit dans les parages, je stoppe ma progression et me reconcentre sur l’orthodoxie des gestes à accomplir. Pieds gauche, bâton droit, puis pieds droit, bâton gauche. Et rebelote. Pieds gauche, bâton droit, en avant… Tout semble au diapason pendant deux minutes puis Paff ! Tout part en vrille, parce que la force de l’esprit est moins puissante que la connerie indisciplinée du corps.

En plus que je m’épuise l’esprit dans une concentration – que même au boulot je me refuse de mettre en pratique – j’ai l’air d’un robot déglingué. C’est affligeant. J’envoie aux orties les bâtons pour excités des guiboles et reprends une marche normale.

Je suis de nouveau en contact avec les lieux, les senteurs automnales, la douceur de l’air ambiant, le bavardage des promeneurs égarés et la mélopée des oiseaux dans les taillis.