Bobotitude




Aqua Sextia a ouvert ses jardins poussiéreux ce week-end. Quartier Mazarin, il va sans dire. Tous les bourgeois-bohèmes des alentours ont rappliqué. Atmosphère feutrée entre bassins à jet d’eau, installations hasardeuses et artisanat d’art qui se la pète.


Je communicate avec une bourge du 18e sortie d’un cadre et qui donne dans la chambre d’hôtes à 30 euros la nuit pour familles nécessiteuses. L’aristo met à disposition de qui veut son hôtel très particulier construit sous Napoléon III ou peut-être Jésus-Christ. Pour l‘heure, elle accueille en ses murs une série de dames-sans-tête parées de faux quartz blancs et semblant attendre un déménagement improbable.



Couvent des Oblats, je tente de m’extasier sans y parvenir devant deux néons plantés dans un cône en plexiglas à 3000 euros. Je passe certainement à côté de l’émotion du siècle. J’ai un cœur en pierres sèches et une culture artistique à deux balles.


On erre plus qu’on ne flâne avec mes cops du nouveau monde, à la recherche du jardin miraculeux. Je finis par brancher le GPS pour optimiser le parcours et parce qu’il nous reste plus qu’une demi-heure pour visiter 6 jardins.


Ça bouchonne rue Cardinale. Les amerloques et moi bousculons quelques bobos en tenue de lin soigneusement froissée. Une fille en maillot de bain m’accueille les bras grands ouverts. Je l’ignore. Elle est trop figée pour moi. J’entreprends le proprio ; une sorte d’indou chic et choc qui m’explique avoir fait des travaux titanesques avant de pouvoir sortir son jardin néo bio expérimental. Je ne sais si la rangée d’arbres fruitiers adossés au mur et savamment taillés donnera des fruits tant le jardin est ombragé.

Je laisse le maître des lieux aux autres visiteurs et poursuis mon périple dans ces 100 mètres carrés à 5OOO euros le mètre. Je tombe sur deux hôtesses qui me proposent des soins cosmétiques express et sponsorisés. Je décline l’offre et accepte le carnet en fausse moleskine façon Hemingway sur lequel je n’écrirai jamais rien.

Plus loin, je tombe sur une jeune qui s’emploie à photographier une façade pourvue d’une étrange proéminence. Je lui explique qu’il s’agit de W-C externalisés faute d’espace suffisant dans certains apparts. La ville en est parsemée. Ça n’est pas ce qui fait le plus son charme.


Je commence à craquer parmi tous ces bobos trop smarts et bien élevés. J’essaie de rassembler ma clique quand je tombe sur une ex copine sauvagement congédiée par mes soins voici plusieurs années. Flanquée de ses éternelles acolytes, la viking blonde et la doctoresse mutique, l’ex cop me lance un regard à – 60°C. Percutée nette, je mesure alors la blessure injuste que je lui ai infligée. Cela me plombe l’ambiance interne. Je décide de quitter ces lieux intimistes, trop propices aux rencontres dérangeantes.

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