Les zéros sont fatigués




Je rentre en courant dans la salle d’exams suivie de la chinoise. Le militaire est déjà là en tenue de combat. Il stoppe net son laïus.

Vous avez 2 minutes de retard mesdames ! Ha ?! Ça démarre mal.


Il faut à tout prix que je remette des piles dans les deux montres que je trimbale depuis des semaines dans mon sac en faux Gucci.

Le militaire me regarde de traviole comme d’hab. et reprend sa litanesque présentation d’une newsletter qui ne verra jamais le jour. Les deux shnocks sont aux taquets, en symbiose totale avec l’armée française. Encore une sombre histoire d’hormones mâles. La chinoise et moi, on a été lancées fissa en orbite à quarante millions de kilomètres. Bon, faut dire que la chinoise parle français comme une vache espagnole parlerait italien. Donc, pour ce qui est de déblatérer sur le pourquoi du comment du parce qu’une newsletter pour l’école, c’est pas le top. Et moi, j’ai du mal à capter l’attention des deux croulants dont l’inconscient machiste a pris le dessus depuis un quart d’heure.

Ce cirque m’épuise. Je décide donc de faire grève et plonge le nez avec un air maussade dans les trois feuillets que j’ai déballés au tout début, histoire de faire sérieuse. Je tourne les pages mécaniquement pendant quelques secondes qui s’étirent façon hollywood shewing-gum. Mon air furibard et mes ondes ultra négatives ont dû atteindre l’un des deux débris qui daigne me lancer un regard rempli d’un vide intersidéral.

Je profite d’un hoquet du kamikaze en treillis pour lancer ma tirade d’un ton péremptoire et suffisant. Les paroles fusent, les idées jaillissent, les arguments s’enchaînent. Ma voix emplit la salle délabrée de cette fac en décrépitude tout comme son corps enseignant.

Voulez-vous rajouter quelque chose madame ? Grand silence stupéfait. Je sors de ma rêvasserie hystéro-estudiantine-attardée. Tout ceci n’était qu’un pâle théâtre organisé par ma conscience stressée par cette année universitaire.

Voilà, c’est bientôt fini. Beaucoup de trafic pour pas grand chose. Juste de quoi se forger quelques souvenirs à faire resurgir de temps en temps.

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