Vidéos à gogo


Aqua Sextia s’est fendue pour le cinquantième anniversaire de l’installation de Picasso à Vauvenargues. Il fallait juste trouver le concept.

Le château que l’on photographie de loin, de très loin depuis des lustres est enfin accessible. Mais attention, sous conditions. Pas question que Monsieur et Madame Toulemonde ne déambulent à leur gré dans le précieux décor du génie catalan (ou tout au moins de son fantôme). Total contrôle du périple depuis l’achat des billets aux aurores (les fainéants n’ont qu’à bien se tenir) jusqu’à l’expulsion du minicar le soir, en passant par l’attente sur le parking, l’attente dans le village, l’attente au portail, l’attente sur le perron du manoir, l’attente sur la terrasse, l’attente sur la pelouse, l’attente à la boutique de souvenirs etc. Toute cette accumulation d’attentes qui pourrait sembler absurde n’a qu’un seul but, meubler, remplir, combler une visite on ne peut plus vide.
Mais où est le peintre ? Où sont ses œuvres, ses femmes, ses enfants, ses chiens, ses chèvres, ses amis ? Pour toute réponse, deux fauteuils peints à la va-vite, façon prépa maternelle, une rangée de Ripolins, un canard en multi matériaux planqué dans un coin-coin. Je cherche des traces du peintre en ce lieu si longtemps secret. Je ne trouve que de la poussière bien rangée.

La voix charmante du guide estampillé communauté d’agglo, l’histoire qu’il nous raconte, ne suffisent pas à capter mon attention et mes yeux traînent dans ce décor minimaliste et suintant l’ennui. Je regarde le paysage au travers de vitres aux verres inégaux, je regarde les visiteurs en rang d’oignons bien plus sages que des images, je regarde les murs où rien ne traîne pas même un simple fac-similé. Dans un instant de détresse morale, je sors mon appareil photo et tente un innocent cliché. Mais une jeune cerbère me brise dans mon élan. Je me replonge alors dans mes observations scrupuleuses, essayant d’extraire de ce néant un objet caractéristique qui justifierait une entrée à 7 euros 70 minicar compris.
Mes yeux lassés balayent les murs d’une immense salle-de-bain où trône une baignoire mastodonte et un ensemble de jardin tombé du ciel. Décor décalé grave.
C’est alors que je croise l’œil cyclopéen d’une caméra de surveillance. On se fixe mutuellement. C’est à qui baissera les yeux la première. Voilà l’objet phare de cette visite, la camera obscura. Elle est là dans toutes les pièces avec ses copines et scrute à qui mieux-mieux l’infâme visiteur qui aurait le culot de piquer ; mais quoi donc ?

La caméra à l’entrée qui vous dévisage et vous enregistre dans les annales d’une sombre société de surveillance, la caméra du perron, la caméra de la pierre tombale, celles du couloir, de la terrasse, du salon, de la chambre, de la cuisine, du boudoir, de l’atelier.

Je n’en peux plus. Je me sens coupable. Mais de quoi donc ?

Vite. Je pars retrouver la forêt…sous surveillance.

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