Voix off



Chapelle des Oblats, fin de semaine, concert organisé par les polyphonies baladeuses. Un groupe genre Sœur Sourire dupliquée vingt fois. Au milieu, un playboy bien balancé qui y croit dur et sur les côtés quelques chauves bedonnants à la voix grave comme une pneumonie.

Mon œil s’égare dans ce lieu baigné d’une sainte lumière jaune de Naples. Face à l’auditoire composé à 80 % de retraités, pré retraités et futurs chômeurs, un Christ doré collé sur un fond bleu électrique semble attendre le décollage imminent type Cap Canavéral. A chaque coin de l’édifice – construit dans un style que ma plate culture ne saurait identifier – 3 ou 4 saints patrons nous contemplent dans un silence radio total.

Malgré un torticolis estival classique, je tente de lever la tête pour observer la voûte perchée à, au moins, 50 mètres de nos têtes. Mes connaissances en architecture religieuse sont, certes, nulles mais j’ai l’impression qu’une erreur de proportions s’est glissée dans les plans de construction. Soit l’architecte était un stagiaire payé à 150 Euros par mois, de l’époque, soit le propriétaire n’avait plus les fonds nécessaires pour construire sa chapelle en rapport avec la voûte.

Voilà pourquoi, depuis le début du récital, je n’entends guère les voix des Sœurs Sourire. La coupole semble aspirer les sons émis par un ensemble ultra motivé qui s’époumone en vain dans des langues incompréhensibles.

Entre le silence éternel des Saints Patrons, celui de la salle – pas le moindre téléphone portable qui ne sonne – et celui des sœurs, je commence à m’assoupir sérieusement. C’est alors que j’aperçois ma collègue des jardins à bobos (voir un des billets précédents). Décidément, on fréquente les mêmes endroits infréquentables ! On est condamnées à se croiser et à s’éviter éternellement. Cette éventualité me paraissant peu constructive, une fois le concert des voix étouffées terminé, je me mets dans la posture de l’individu qui veut se faire remarquer d’un autre individu sans que cela paraisse organisé mais au contraire totalement naturel et dû à un heureux hasard.

Ma collègue encore sous le choc de ce magnifique concert en sourdine me fonce donc dessus. Je la regarde droit dans les yeux l’air faussement détaché. Cette fois-ci, difficile de faire semblant de ne pas me voir. Mais j’ai à peine de temps de me lever de mon prie-Dieu que l’individue me lance un bonjour dans un sourire de faussaire et s’éclipse. Out ma tentative de réconciliation.

Et je reste figée dans la pale lumière vespérale d’une chapelle censée relier les âmes entre elles.