J’ai dormi dans la chambre de Picasso





Entre-deux-Mers, fin août very hot. Passage chez de old friends propriétaires récents d’un domaine fruitier pas loin de Saint-Macaire. Arrivée dans une cour de ferme du 17ème avec son palmier géant comme il se doit dans la région. La demeure est en U, composée d’un bâtiment principal immense, d’une remise tout aussi vaste et d’une dépendance pleine de bric-à-brac. Devant, à perte de vue, la campagne traversée par la Garonne et ses méandres mollassons.

Mes hôtes laissent de côté la brouette et la truelle pour me faire visiter les lieux. Là, c’est la découverte d’un chantier pharaonique débuté il y a seulement trois mois. La liste des travaux accomplis par les heureux occupants est impressionnante : abattage d’arbres centenaires menaçant de s’effondrer sur la maison, désinfection de l’ensemble des pièces et du mobilier, suppression du carrelage au sol afin de faire apparaître le plancher en chêne, démolition et remontage de cloisons, mise aux normes de l’électricité avec passage des gaines dans les saignées faites pour l’occasion, décroutage des murs pour mettre en évidence les pierres de taille blondes, arrachage du papier peint de l’époque, laquelle ? On ne sait plus trop, mise en place du chauffage au sol avec ses dizaines de mètres de tuyauterie, préparation du chauffage solaire, changement de toutes les fenêtres au profit de doubles-vitrages, brûlage de tout un tas de vieilleries laissées par les héritiers-vendeurs peu intéressés par les souvenirs familiaux : vêtement, diplômes, photographies de classe, médailles, sabres, coffres-forts, vieux billets, lots de meubles anciens de styles variés, vaisselle.

Tout ceci sans compter le matériel agricole des débuts de la révolution agraire jusqu'à nos jours, les immenses tonneaux, les centaines de caisses en bois pour y entreposer les fruits, les charrettes, les tracteurs, les vélos déglingués, les pompes à eau, les sulfateuses, des outils en vois-tu en voilà. Une brocante de A à Z pour amateurs d’époques trépassées et poussières récalcitrantes.

J’ai eu le grand privilège, tant pis pour mes allergies, de dormir dans une chambre meublée espagnole ou Henri II que n’aurait point renié Picasso. Package noirissime composé d’un lit et de ses matelas d’origine à vous briser le squelette définitivement, armoire géante à double glace biseautée et barreaux tournés, commode mastoc à miroir déformant. Un ensemble sobre du plus bel effet agrémenté de reproductions aux murs du Christ et de la Sainte-Vierge.

J’ai essayé d’imaginer les lieux une fois la restauration terminée. Cela aura certainement de la gueule. Faisons-leur confiance. Enfin, essayons !

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