Saupe opéra




Milieu de semaine dans un été largement installé. Ma cop ispano-pieds-noirs et moi avons opté pour une baignade Côte Bleue, au sentier marin du Cap Rousset. Ici, poissons à foison auxquels on fiche une paix royale. Le fameux sentier longe une crique clafie de monde et une partie d’enrochement plat en forme de cap, moins garnie.

Jusqu’à présent, l’anse était abrupte et ingrate, sorte de toboggan râpeux pour vilains garnements. Cette année, la fée Europe a eu des largesses et l’anse est désormais parée de vastes terrasses planes bordées de rambardes et de palmiers en tout genre. On est désormais dans le balnéaire. C’est le must Riviera. On pourrait presque entrevoir de longues femmes vêtues de blanc retenant leur chapeau de paille d’une main élégante. Mais on en n’est pas encore là !

Ce matin, vue d’en haut, l’eau est limpide et calme, propice à une observation minutieuse de la faune. J’aurais aimé me jeter à l’eau mais comme d’habitude elle est glaciale, presque bretonne. Cette eau vivifiante ne s’offre aux frileux qu’après un long moment et quelques stations par paliers.

Enfin, ma copine du sud et moi, sommes immergées, la tête dans l’eau. Aussitôt, nous semblons devenir points d’observation des autochtones. Ils se dirigent vers nous seuls ou en bande. Ils nous entourent et nous regardent du coin de l’œil. Nous pincent la peau, parfois.

Toujours, les mêmes cliques ondulant poétiquement derrière on ne sait quels leaders. Tantôt argentées, tantôt dorées selon les mouvements. Ici et là, on reconnaît les saupes et leurs rayures horizontales jaunes, les sars et leurs taches noires, les girelles dont maris et femmes sont bien dissemblables, quelques individus en livrée pieds de poule, d’autres encore toujours plus ou moins pastels. Tout ce petit monde à fort tirant jaune pourrait sembler fade si on l’observait à la va-vite. Çà manque de peps diraient certains blasés.

Patience !


Un jour peut-être, aurons-nous la surprise de tomber sur un banc de poissons multicolores faisant la nique aux pâles natifs. Bientôt, quand il fera très très chaud chez nous. Quand les pinèdes auront déménagé à Paris et que l’eau de la Côte Bleue sera enfin baignable à 30°.


Une féerie en perspective.