Glamourologie



Ce matin, visite chez l’ophtalmo pour vérifier ma lucidité.

Dans la salle d’attente pour tromper l’ennui, plongée immédiate dans le magazine de poche Glamour à 1 euros 70 à peine.

Et là, révélation !

Selon la journaliste-publicitaire – on ne sait plus trop – la fille la mieux lookée, ça va être moi. Enfin, je vais pouvoir troquer mon allure d’institutrice classico-has-been pour un max de looks hyper tendance. C’est pas moi qui le dit c’est Glamour ! Et si Glamour le dit c’est du béton. Suffira de mixer toutes les fringues de mon placard ; de la plus ringarde à la plus post moderne si tant est que j’en aie.

Ainsi, toujours selon la journaliste sponsorisée, un choix faramineux s’offre à moi. Il faut juste que je comprenne bien tous les mots et que je me motive à fond. Donc, Glamour me propose 200 looks qui en jettent. J’en ai retenu trois.

« Sexy country girl : on adore la silhouette noire ultra graphique de Kottie cassée par une jupe à fleur complètement kitsch ».

Mon Dieu, ils y vont fort. Je te raconte pas la nana – certes top modèle et tout et tout – mais quand même, oser porter la jupe à traire les vaches de sa grand-mère agricultrice et un boléro ultra transparent noué sur le nombril, même mannequin… J’ai du mal à adhérer au concept.

« Working girl : ce n’est pas parce qu’on bosse dans un bureau qu’il faut faire une croix sur sa vie de fashionista ».

Sans blague, la fille en photo, j’en ai jamais vu des comme ça et pourtant ça fait 20 ans que je travaille dans le tertiaire. Jamais je n’ai croisé une telle créature. Je ne sais pas ce qui s’est passé dans sa tête et sa garde robe. Je sens comme un vent de folie qui s’est emparé de la fille au moment où il a fallu qu’elle choisisse entre toutes ses tenues de fashionista. Elle a dû avoir une angoisse ou alors elle pensait à son futur mariage. Bon, il me semble que la fille, elle n’a pas fait de croix dans sa vie de fashion victim mais elle a rayé de la carte le mot boulot.

« Retro spirit : avec le grand retour du vintage, l’allure retro est de nouveau plus moderne que jamais ».

Ah ça, ca me plait. Je me disais bien que finalement je n’étais pas si ringarde. Qu’il suffirait que j’attende un peu, quelques décennies, pour être de nouveau dans le vent. Je vais leur en jeter à la gueule, à tous ces nazes, mes jupes-culottes, tween sets, mocassins à glands et autres serre-tête. Ils vont voir ce que c’est une nana lookée qu’a du chien.

Merci Glamour. Avec toi j’ai enfin compris que je n’étais pas ringarde mais vintage. Un seul mot et ça change tout dans ma tête de fashionista.