Tech de Co…n



Ce matin à mon arrivée, les Techs étaient réunis dans l’atelier-labo à prendre leur café. Accueil sympa de leur part. Il faut dire que depuis que je sais que mon boss veut me virer je suis vachement détendue et mon aura s’est modifiée. Oui, cela semble surréaliste. Mais l’idée qu’à tout moment, on peut m’éjecter me décontracte à mort. Finalement, peut-être qu’un jour, j’irai jusqu’à regretter mon chef castrateur, le toxique, la poupée sanglante, la désorganisation, le manque de perspectives, les frustrations permanentes. Toutes ces petites choses qui rendent la vie en entreprise si propice à la réalisation de soi.

Pour le moment, je n’en suis pas là. Je suis avec les techniciens qui s’amusent à faire des rimes sur le dos des commerciaux :

Chantier Martel, c’est le bordel !
Chantier Henri, rien n’est fini !
Chantier Daguerre, y a tout à faire !
Chantier Audron, chantier de con !

Totale distinction. Respect.

Bref, tous ces mecs sont des amours avec de petites ailes dans le dos. Et tous les mots chics et doux qu’ils prononcent au fil des jours «pédé, enculé, on s’est fait baiser… !» ne sont que l’expression d’une sensibilité exacerbée.

Parmi ces cadors des ondes hertziennes, de l’IP et du câble coaxial, j’ai mes chouchous.

Mister La Flemme et son air de fuite en avant. Un mec qui s’est bâti une réputation en une semaine. Toujours prompt à déléguer son boulot.


Pile Wonder, le roi du sauvetage de réseaux en panne. Sans cesse aux taquets devant sa batterie d’écrans et d’instruments de mesure. Le type prêt à tout prendre en charge même la quatrième guerre mondiale.


Bisounours, dont le regard, quand il me parle, semble appeler bien d’autres choses que des commentaires professionnels. Un qui doit souvent rêver d’une équipière avec laquelle il ferait joujou entre deux SAV.

Peut-être que dans ses songes, c’est moi l’équipière.