Tripalium



Sur l'esplanade Borély, cet après-midi là, les badauds déambulent gentiment en famille composée, recomposée ou décomposée.

La grande roue immobile semble attendre le dépanneur. A côté d'elle, une grue s'élève à une hauteur assez déraisonnable. C'est de ce point, que quelques cinglés tentent de mettre du piment dans leur vie plate en se jetant la tête la première dans le vide. Les dingues concentrent l'attention de l'assemblée dans un mélange de jalousie et d'horreur. A chaque saut, on a droit au cri du supplicié volontaire et à l'attente inconsciente des spectateurs d'un éventuel écrasement au sol.

Entre deux sauts, mes copines marseillaises et moi philosophons sur le monde du travail et son éternelle cruauté. Quelques exemples, énoncés par l’une ou l’autre, nous montrent que ce sont toujours les mêmes situations qui se reproduisent, toujours les mêmes comportements névrotiques qui s’expriment. La jeune beauté du groupe se désespère de faire l’objet d’acrimonie féminine malgré des efforts énormes en matière d’humilité et d’attention aux autres.

« Ma fille, t’as beau être gentille, intelligente, gracieuse, humble, tu es belle ! Et ça c’est la pire des choses pour n’importe qu’elle femme qui encaisse mal depuis sa naissance de ne pas ressembler à une créature de magasine. Ta seule alternative, sera donc, de devenir leur supérieure hiérarchique et de les manager avec perversité. Leur méchanceté n’en sera que décuplée mais tu connaîtras les raisons précises pour lesquelles elles te haïssent ».

« Ça donnera du sens à ton activité, ce qui est fondamental pour ton épanouissement professionnel ! »

Fin d’après-midi Escale Borely, on a déploré aucune chute mortelle au bas de la grue. Tout au plus une baisse de moral chez certaines.

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