Vue du train




TGV numéro six mille et quelque. Retour, sens Paris-Aix, vers l’infâme turbin et la morosité.

Les passagers à la mine cotonneuse sont encore lovés dans leurs songes nocturnes. Seule, une jeune femme entame la journée en pianotant allègrement des kilomètres de codes sur son ordinateur. Elle alterne à un rythme infernal sa littérature absconse avec des images sophistiquées. Je la questionne. Elle me dit qu’elle tente par du codage d’améliorer la qualité d’éléments graphiques. Désormais, on confie la recherche esthétique à des informaticiens. Mais oui, c’est logique. J’attends avec impatience les premiers romans écrits à l’aide d’équations et d’algorithmes. On va enfin rêver rectiligne.

Le chien-cochon de ma voisine s’active, lui aussi, en ce début de journée. La jeune voyageuse très organisée a tout prévu pour les débordements éventuels de son animal : jouet en peluche, mini couverture et alaise anti-fuite. Cette dernière a bien rempli son rôle, heureusement pour la moquette de la SNCF et nos narines.

Mon vis-à-vis trentenaire sponsorisé Eden Park, lorgne fixement mon entrejambe. Pour me venger et par soucis de parité, j’en fais autant. Cette activité visuelle très limitée me lasse vite et je n’ai guère l’humeur à fantasmer. Je me fixe alors sur le paysage et ses espaces figés. 11 heures du matin, le brouillard s’acharne à plomber l’ambiance de cette France qu’on dit profonde.



Heureusement, bientôt Aix et son animation trompeuse.