Quand tu veux je t’apprends la marche haut-débit



Fin de week-end sur les chemins de la Sainte Victoire, comme dirait Jacqueline notre arrière grand-mère à tous.

J’empoigne mes bâtons de marche nordiques et décide de faire un de mes circuits habituels au pas cadencé et alerte des marcheurs visionnés sur le net. Je fais aussi appel à de lointains réflex en matière de ski de fond et démarre ma séance sportive autocentrée.

Le principe est simple mais s’avère difficile à mettre en œuvre en raison de l’indépendance naturelle du haut et du bas. Le but est que lorsque l’on avance le pieds gauche, le bras droit s’avance aussi, le tout devant donner une impulsion au corps. Idem pour la partie droite. Le corps est ainsi propulsé élégamment – si tout va bien – et un parcours que l’on ferait en deux heures sans équipement est bouclé les doigts dans le nez en un rien de temps ce qui, notons bien, est vachement valorisant pour celui qui aime se dépasser.

Le souci est que les jambes ont vite tendance à tricoter dare-dare tandis que les bras peu habitués à ce genre d’exercice perdent vite le rythme et contrarient la danse harmonieuse de tous les membres. Donc, au début de la pratique de cette activité, si l'on veut marcher à la même cadence qu’un groupe confirmé, on peut le faire mais au prix d’une grande perte d’énergie due à un surnombre de mouvements.

Dans un raidillon, après avoir vérifié qu’aucun promeneur ne soit dans les parages, je stoppe ma progression et me reconcentre sur l’orthodoxie des gestes à accomplir. Pieds gauche, bâton droit, puis pieds droit, bâton gauche. Et rebelote. Pieds gauche, bâton droit, en avant… Tout semble au diapason pendant deux minutes puis Paff ! Tout part en vrille, parce que la force de l’esprit est moins puissante que la connerie indisciplinée du corps.

En plus que je m’épuise l’esprit dans une concentration – que même au boulot je me refuse de mettre en pratique – j’ai l’air d’un robot déglingué. C’est affligeant. J’envoie aux orties les bâtons pour excités des guiboles et reprends une marche normale.

Je suis de nouveau en contact avec les lieux, les senteurs automnales, la douceur de l’air ambiant, le bavardage des promeneurs égarés et la mélopée des oiseaux dans les taillis.