Pingouins cherchent banquise désespérément







Dans une zone d’Activités froide et sinistre comme une banlieue d’Europe de l’Est, rassemblement du staff ; cent personnes venues de tous les coins de France. Dans la salle de réunion confinée, des rangées de salariés tous habillés en noir qui m’évoquent des pingouins d’une tristesse infinie. Pourquoi tant de noir ? Cela rajoute à mon cafard. On est à un enterrement ou quoi ?

Callée au fond de la salle avec les mauvaises têtes de la boîte, je tente de suivre l’énoncé des Dirigeants.

« 2009 fut une excellente année malgré la crise ! Les objectifs ont été dépassés. Vous aurez une prime plus importante ».

La Direction va lâcher du blé pour l’équipe. On sent dans la voix du boss à quel point c’est dur de partager avec les forces productives.

On nous parle ensuite des perspectives de croissance à venir, de nouveaux marchés. Mais ces paroles ne convainquent personnes. Peut-être les Dirigeants vont-t-ils racheter, cette année encore, quelques boîtes en déconfiture ou dont le patron part à la retraite ? Ceci pour donner l’illusion qu’ils sont de véritables  entrepreneurs alors que ce ne sont que des financiers cyniques.

Au moment du buffet, discussion entre pingouins endeuillés. On parle une fois l’an avec des gens que l’on ne reverra pas. Echanges convenus sur l’activité de l’entreprise, sourires figés et bonne humeur factice.

C’est ce que l’on appelle une action de communication interne. Faire se connaître des gens qui font semblant d’être investis dans leur boulot alors qu’ils sont minés de l’intérieur. Créer une culture commune, c’est à dire des codes de conduite, des valeurs partagées par les salariés. Tu parles Charles ! La seule valeur partagée par l’équipe, c’est le flouze mais il reste pour elle un gros chiffre dans un bilan comptable et va directo dans la poche des boss.

Les vieux shnocks libidineux de la boîte draguent les jeunes recrues. La seule fois de l’année où ça leur est permis, d'ailleurs ! Ils sont tellement moches que même en payant, ils ne peuvent se taper que de vieilles putes ravagées.

Les jeunes recrues, donc, ces mignonnes, qui dans six mois commenceront à comprendre qu’elles n’ont aucun avenir professionnel dans les télécoms. Que leurs employeurs n’ont que faire des gens, du matériel trop pénible à installer et à entretenir, ni du marché, ni du positionnement, de rien en somme.

Que l’important ce sont les dividendes, cette ligne très discrète dans le bilan comptable. Cette seule littérature que leurs employeurs aiment à lire volontiers et qui les fasse vibrer.

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