Couac attitude



Hier soir, ça volait haut à la salle des fêtes de mon village. Je ne veux pas parler de prestations intellectuelles mais vocales. La chorale du cru – deux rangées de têtes blanches – s’est attaquée de manière stridente à des œuvres connues et difficiles. Le démarrage de la prestation semblait prometteur puisqu’on a pu entendre Bella ciao, chant révolutionnaire italien, mais très vite on est retourné à du bon classique parce que faut pas pousser, on est dans la périphérie aixoise pas à la Plaine Saint-Denis ou au port autonome de Marseille.


Sans vouloir critiquer bêtement les gens ambitieux qui cherchent à s’élever musicalement, je pense que lorsqu’on n’est pas au top, il est préférable de travailler des œuvres à sa mesure. Il en existe plein agréables pour l’auditoire, séduisantes et surtout pas casse-gueule pour les interprètes.

En début de soirée, les yeux fermés, j’ai plus eu l’impression d’entendre chanter un bataillon de pré pubères aux voix mal assurées qu’une chorale bien installée dans son art.

Après la prestation des messieurs-dames en apesanteur, on a été projetés dans la world musique polyphonique. Là, les têtes ne sont pas encore blanches et le profil des chanteurs/chanteuses est un tantinet baba cool. C’est incroyable, dès que l’on change de répertoire, on change d’allure. Classico-ringard égale cantate de Bach, baba cool égale chant africain des colonies, veste portefeuille mocassins vernis égalent jazz bastringue. Finalement, la vie est facile à décoder.

Contrairement à une chorale classique qui s’exprime sur une scène en rang d’oignons, une chorale polyphonique se déplace dans la salle, se scinde en groupuscules, fait des gestes, théâtralise sa prestation. Si j’ai bien compris le principe, il s’agit pour ces groupes de reprendre à leur compte des chants du monde entier dans la langue vernaculaire ; ce qui doit représenter un gros boulot pour se les approprier.

Tout ceci était sympa mais les jeunes n’ont pas réussi réellement à déchaîner les foules contrairement au dernier groupe ; des papys swingueurs, qui nous ont réveillé les tympans en jouant du Sidney Bechet et autres Fats Waller. C’est qu’ils taquinaient sérieusement leurs instruments ces messieurs. Ils avaient du métier. Les notes jazz endiablées circulaient à fond entre ces instrumentistes très complices. Un peu plus, je me mettais à penser que le jazz c’est fastoche, qu’il suffit d’enchaîner les notes les unes après les autres en en plaçant une de temps en temps un peu dissonante et en faisant bouger son corps pour que le swing surgisse comme par miracle.

C’est sûr, la chorale de mon village ne me comptera pas parmi ses nouvelles recrues. Je ne souhaiterais pas la faire s’effondrer définitivement. Je n’irai pas non plus sonner à la porte d’une chorale polyphonique, je ne suis pas assez calée en dialectes et langues étrangères. Quant au jazz, c’est un territoire carrément inaccessible.

Je m’en tiendrai donc à continuer d’être spectatrice. Après tout, il faut bien un public averti, aux bons musiciens comme aux mauvais.

3 commentaires:

  1. C'est dit : je ne t'inviterai pas à notre prochaine prestation. :D
    D'abord, Aix, c'est vachement loin, ensuite, j'aurais peur d'être éreintée à la sortie du concert.

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  2. Non, en fait, je suis très bon public. Mais il est vrai que la chorale en question aurait mieux fait de chanter des airs plus faciles. Elle en aurait eu que plus de succès. Elle a été aplaudie car les habitants du village sont très tolérants !!

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  3. pierreline08 mars, 2010

    Euh, très tolérants ou très chauvins les gens du village ? Je suis mal placée pour critiquer celà dit, j'adore chanter, mais j'aime moins aller écouter les autres... Pas trop mélomane en fait, et très "braillarde".
    Ceci dit t'as raison, pas toujours facile pour les chorale d'adapter leur choix de répertoire à leur niveau réel de chant. As-tu vu ce film US sur une chorale du troisième -voire du quatrième- âge qui reprend des standards du rock ? Une pêche d'enfer les papis et mamies même avec des voix parfois éraillées.

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