Ta gueule !



Un soir, banlieue aixoise, Mister Relationship a organisé son événement musicalo-gastronomico-convivial et attend ses invités triés sur le volet : Monsieur Machin, Directeur de la Com de telle structure, Monsieur Truc, Critique littéraire dans telle Revue, Madame Chose, Responsable de telle Maison de la Culture et Madame Unetelle, Directrice d’Association en vue sur Aix. Que du Bobo monde !

Mister Relationship est un max surexcité et donne des coups de téléphone hystériques à une somme pharamineuse d’interlocuteurs. On m’a placée à déballer des gobelets en plastiques pendant que d’autres s’affairent à préparer le buffet méditerranéen à base de soupes épicées et autres couscous. J’essaie de me mettre dans le bain, échange quelques propos convenus et logistiques avec des têtes connues de moi. Une fois mon déballage terminé, je vais traîner dans la salle de réception que l’on prépare. Un peu froide à mon goût. Ils auraient pu mettre le chauffage tout de même ! Comptent-ils sur l’ambiance à venir ?

Les invités arrivent. Tous des amis ! Mister Relationship n’a que des amis. S’agit pas pour lui d’avoir des potes, des copains, des collègues, des poteaux. Faut pas déconner ! On n’est pas chez les ploucs. Dès que l’on voit plus de deux fois Mister Relationship et que l’on a été invité à sa table, on reçoit le doux qualificatif d’ami. C’est flatteur, je dois dire. Mais cela va un peu vite, non ? Quand on sait le poids symbolique que revêt ce terme. L’amitié, un grand phantasme de la catégorie humaine. Un truc tellement rassurant, valorisant, durable, dénué de tout intérêt paraît-il. L’amitié, ce contrat informel que l’on rédige au fil du temps. Ce contrat qui prend toute sa valeur en cas de coup dur. Oui, ce fameux coup dur : le sceau qui certifie qu’on est bien dans l’amitié et pas dans une relation moyenne.

En attendant cette certification qui viendra peut-être un jour entre Mister Relationship et moi, j’observe la salle qui se remplit. Finalement, pas que des bobos. Ouf ! Me voilà rassurée. Mais on reste quand même dans le bien-sous-tous-rapports. C’est pas ici qu’on entendra une corne de brume. On n’est pas dans une tribune de l’OM.

Une fois le buffet avalé, le spectacle démarre ou tente de démarrer. L’artiste principal de la soirée, un chanteur espagnolo-guitariste, nous la joue conteur pendant au moins vingt minutes. Le discours dont je n’ai pas perçu toutes les paroles et donc, tout le sens, erre dans le philosophique. Je regarde l’assemblée figée dans l’attente de la chanson qui n’arrive pas. Je regarde le chanteur. Ça y est ! Ouf ! Le spectacle commence. Une strophe, deux strophe, trois strophe. Et paf ! le chanteur abandonne sa mélodie et en remet une couche philosophique. Merde alors ! L’ambiance musicale commençait à peine à s’installer. Je sens les spectateurs sur le point de monter sur scène et d’intimer l’ordre à l’artiste de chanter et pas de parler.

« Oh, le chanteur, on n’est pas à une conférence, on est à un spectacle musical. Quand tu veux, tu nous joues ton truc ! ».

Bon, la révolution n’a pas eu lieu et le spectacle a été très en dents de scie. Au final, l’ambiance n’a pas été de folie mais comme on est tous des amis, on a tous trouvé le spectacle formidable. Avec, tout de même, quelques points à améliorer pour la prochaine fois.

1 commentaire:

  1. Les points à améliorer, vous en débattrez à la prochaine réunion. :)

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