Mélancomique journée


Ce lundi matin, je m’en vais vers Marseille à la reconquête d’un client récalcitrant et de son site web poussif. Sur France Musique, pour me doper le moral, un air passe. Du violoncelle mélancolique à souhait. Comme si j’avais besoin de ça en ce début de semaine. Mais qui a donc, inventé cet instrument….de malheur ? Un type forcément dépressif ou sous tranquillisant. Pour autant, je n’interromps pas le morceau. Je le laisse s’achever doucement et me plomber le moral pour les heures à venir.


Mon client est là devant moi, il a le regard en berne et des poches sous les yeux grandes comme des mortadelles. Je l’écoute avant d’entamer ma prestation. Il me parle d’un ton las de ses difficultés financières, de ses factures, des acheteurs qui veulent des cuisines design et hype mais pas chères car « Vous comprenez Monsieur le cuisiniste, notre budget est miné par tous ces nouveaux postes qui bouffent notre panier de la ménagère : les Iphones des gosses et leurs abonnements, les tablettes qui remplacent tous les PC de la maison, la Livebox, la nouvelle télé écran super plat Led multiprises USB du salon, notre nouveau 4X4 et son assurance à 2000 euros par mois, le fringues de la rentrée des classes forcément neuves pour pas passer pour un pauvre auprès des copains etc ». Mon client, termine sa litanie par un chapitre sur le chômage et les femmes qui ont piqué le job des mecs et ont envahi le domaine bancaire. Forte de tous ces éléments positifs qui se rajoutent à mon mental à son acmé, je mobilise les quelques neurones positifs qui restent actifs et m’attelle à la tâche. Aux côtés de mon client, je tente vaille que vaille de remplir son site de textes qui tiennent la route et de faire en sorte qu’il émerge des limbes du web. Face aux concurrents la tâche est rude, quasi impossible, mais bon il me paye et je l’ai convaincu de l’intérêt de mon travail qui va assurément lui rapporter un maximum de prospects.

Sur le retour à l’arrêt dans les bouchons de Marseille, mon esprit vagabonde, je regarde le macadam et le défilé des voitures. Mes yeux se fixent alors sur un lézard qui s’aventure sur la chaussée. Petite vie frétillante et peureuse. Deux secondes ont suffi, du rouge apparaît, le pauvre lézard n’est plus et mon cœur se serre… identification inévitable devant un tel spectacle.

La file interrompue redémarre et j’allume la radio pour me dynamiser le moral. A ce moment-là, je me rends compte que j’aurais mieux fait de rester dans le silence. Trop tard, c’est l’heure des infos et les deux tours du 11 septembre 2001 me tombent sur la tête.

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